La Commission électorale nationale indépendante (CENI) a proclamé, mercredi 15 avril, Lodi Emongo Jules gouverneur provisoire du Sankuru après un vote des députés provinciaux. Sénateur issu de l’UDPS/Tshisekedi mais candidat présenté comme indépendant, il retrouve un poste qu’il avait occupé avant les élections générales de décembre 2023. Toutefois, cette victoire est immédiatement contestée par son concurrent Omokala Wemambolo Justin, qui dénonce une irrégularité liée à son statut politique. Dans un contexte de tensions juridiques et politiques, le processus entre désormais dans une phase contentieuse décisive avant la proclamation définitive.

Une victoire au goût de déjà-vu

Lodi Emongo Jules signe un retour remarqué à la tête du Sankuru. Proclamé vainqueur provisoire par la CENI, il renoue avec une fonction qu’il connaît déjà, consolidant ainsi son ancrage politique dans la province. Son colistier, Motomoke Yanape Charles, est élu vice-gouverneur, formant un ticket qui s’impose dans un scrutin suivi de près.

Le statut qui fissure la victoire

Mais derrière cette victoire se profile une contestation juridique majeure. Avant même le scrutin, Omokala Wemambolo Justin avait saisi la justice pour dénoncer la validation de la candidature de Lodi Emongo comme indépendant. « La Cour d’appel du Sankuru […] n’a pas correctement accompli sa mission en validant également cette candidature », a-t-il affirmé. Il soutient que Lodi Emongo, sénateur sous la bannière de l’UDPS, « aurait dû démissionner au préalable » pour se présenter en indépendant une exigence qui, selon lui, n’a pas été respectée.

Chronogramme sous haute tension

La CENI a déjà fixé les prochaines étapes : du 17 au 24 avril, les recours seront introduits devant la Cour d’appel du Sankuru, siégeant comme juridiction administrative. Le contentieux des résultats s’étendra du 25 avril au 1er mai, avant la notification des arrêts entre le 2 et le 4 mai. La proclamation définitive interviendra dans la foulée, suivie, le 7 mai, de la transmission du dossier au Chef de l’État pour investiture.

L’ombre portée de l’Union sacrée

Au-delà de l’étiquette d’indépendant, Lodi Emongo apparaît comme le candidat soutenu par l’Union sacrée de la Nation. Une correspondance de son secrétaire permanent, André Mbata, confirme ce positionnement politique, révélant les dynamiques de pouvoir à l’œuvre dans cette élection provinciale.

Au Sankuru, la proclamation n’est qu’une étape. Entre contestation judiciaire et légitimité politique, l’issue reste suspendue aux décisions des juges. « Le respect des règles est la seule garantie de la crédibilité des institutions », estime un analyste. Et comme le rappelait Jean-Jacques Rousseau : « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit » une leçon qui s’impose dans ce bras de fer électoral.

Didier BOFATSHI

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