Addis-Abeba, la charge
Depuis la tribune du Forum parlementaire sur le renseignement et la sécurité consacré à l’intégrité électorale et à la démocratie en Afrique, le sénateur congolais Salomon Kalonda a vivement critiqué le processus politique en RDC. Il a dénoncé un projet de changement constitutionnel qu’il estime destiné à ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel, tout en appelant l’Afrique à renforcer ses mécanismes de protection démocratique.
À Addis-Abeba, les mots ont résonné comme un avertissement. Prenant la République démocratique du Congo comme illustration des fragilités démocratiques africaines, le sénateur du Haut-Katanga a dressé un tableau sombre des évolutions institutionnelles observées dans plusieurs États du continent.
Le spectre du « coup d’État constitutionnel »
« L’opposition et la société civile se sont levées. Les citoyens sont descendus dans les rues… Des manifestants ont été tués. Du sang a encore coulé sur le sol congolais », a déclaré Salomon Kalonda devant les parlementaires africains.
L’élu a surtout développé la notion de « coup d’État constitutionnel », qu’il oppose au putsch militaire classique. Selon lui, certaines modifications institutionnelles peuvent revêtir une apparence de légalité tout en conduisant à une concentration du pouvoir.
« Il n’y a pas de mauvais coups d’État d’un côté, de bons coups d’État de l’autre », a-t-il affirmé, dénonçant ce qu’il considère comme une différence de traitement de la communauté internationale.
Comme l’écrivait Montesquieu, « c’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ». La citation trouve ici une résonance particulière dans les débats africains sur les limites du pouvoir et l’alternance démocratique.
Les failles de la démocratie électorale
Au-delà du cas congolais, le sénateur a évoqué plusieurs défis structurels : l’indépendance des commissions électorales, le rôle des juridictions dans la validation des candidatures ou encore les restrictions numériques observées lors des périodes électorales.
Il a notamment qualifié les coupures d’internet pendant la publication des résultats d’« aveu » d’une crise de confiance entre gouvernants et gouvernés.
Face à ces défis, il a proposé la création d’une cellule africaine permanente de veille électorale, le développement d’une souveraineté numérique électorale, des audits transparents et un mécanisme parlementaire d’observation couvrant l’ensemble du cycle électoral.
Démocratie et souveraineté économique
Dans la dernière partie de son intervention, Salomon Kalonda a élargi le débat aux enjeux économiques, notamment dans le secteur minier congolais. Selon lui, la faiblesse des institutions démocratiques influence également les rapports de force économiques et la capacité des partenaires à évoluer dans un environnement concurrentiel équilibré.
« La démocratie est le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres », rappelait Winston Churchill. En filigrane, le discours du sénateur pose une interrogation plus large : l’Afrique peut-elle consolider sa souveraineté politique et économique sans renforcer simultanément ses garanties démocratiques ?
Le débat, désormais porté sur la scène continentale, dépasse ainsi les frontières de la RDC. Il interroge l’avenir de l’alternance politique, de la légitimité institutionnelle et de la stabilité démocratique en Afrique.
Didier BOFATSHI

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