Le Congo face à son miroir démographique

Le deuxième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-2 RDC) entre dans une phase décisive. Mercredi 15 juillet, à Kinshasa, le président de l’Assemblée nationale Aimé Boji Sangara a appelé à un suivi permanent du processus afin de garantir sa réussite. L’opération doit fournir des données fiables après 42 ans sans recensement national complet.

Les chiffres, nouvelle boussole de l’État

Devant les députés réunis au Palais du Peuple, Aimé Boji Sangara a estimé que le Parlement devait être régulièrement informé pour exercer pleinement son rôle de contrôle et d’accompagnement des politiques publiques.

Selon lui, les élus nationaux devront également sensibiliser les populations dans leurs territoires respectifs. Cette mobilisation vise à renforcer l’adhésion citoyenne lorsque les opérations seront officiellement lancées.

Le RGPH-2 RDC représente un enjeu majeur pour un pays dont la dernière opération remonte à 1984. Depuis, la croissance démographique, l’évolution urbaine et les transformations sociales ont profondément modifié le visage de la nation.

Comme le rappelait l’économiste britannique William Petty, « la connaissance de la population est le fondement de toute politique publique ». En RDC, cette réalité prend une dimension stratégique.

Une opération scientifique au service du développement

Le vice-Premier ministre chargé du Plan, Guylain Nyembo Mbwizya, a insisté sur le caractère scientifique du processus. Selon lui, le recensement ne doit pas être interprété comme un instrument politique, mais comme une base objective pour orienter les décisions publiques.

Concrètement, le RGPH-2 RDC permettra de connaître le nombre d’habitants, leur répartition géographique, leurs conditions de vie, leurs niveaux d’éducation, leurs activités économiques ainsi que les caractéristiques des ménages.

Ces informations devraient aider l’État à mieux répartir les ressources, cibler les investissements et adapter les politiques sociales aux besoins réels des citoyens.

La transparence, pierre angulaire du recensement

Toutefois, la réussite de cette opération dépendra de la confiance publique. Les députés ont recommandé l’implication d’experts qualifiés et des institutions nationales spécialisées dans la statistique.

Cette exigence répond à un défi central : produire des données crédibles dans un environnement où les statistiques nationales ont longtemps souffert d’insuffisances techniques et institutionnelles.

Dans cette perspective, l’utilisation des nouvelles technologies apparaît comme un levier important. Elle devrait notamment faciliter le déploiement du recensement dans certaines zones de l’Est confrontées à des contraintes sécuritaires.

Les données comme fondation de la souveraineté

Au-delà des tableaux et des chiffres, le RGPH-2 RDC pose une question fondamentale : comment construire une politique nationale efficace sans connaître précisément ceux qu’elle doit servir ?

Pour Aimé Boji Sangara, l’absence de données actualisées constitue un frein majeur à la planification du développement. Cette vision rejoint celle du sociologue Pierre Bourdieu, pour qui « ce qui est nommé existe dans l’espace social ».

Ainsi, recenser les Congolais revient aussi à reconnaître leur place dans le projet national. Chaque citoyen comptabilisé devient une réalité prise en compte dans les choix de l’État.

Un rendez-vous historique pour l’avenir

La RDC joue donc une étape importante de sa modernisation administrative. Le RGPH-2 RDC devra transformer l’information démographique en décisions concrètes, dans les domaines de la santé, de l’éducation, des infrastructures et de l’aménagement du territoire.

Mais le véritable défi restera celui de la confiance. Comme l’écrivait l’écrivain et philosophe Albert Camus, « la démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité ».

À travers ce recensement, le Congo cherche moins à compter ses habitants qu’à révéler son propre visage. Car, comme l’a souligné Francis Bacon, « savoir, c’est pouvoir » : désormais, l’avenir national dépendra aussi de la capacité du pays à mieux se connaître.

Didier BOFATSHI

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