RDC : Réforme constitutionnelle, Olenghankoy alerte sur une “nation qui s’égare” et appelle Tshisekedi à recadrer les priorités

Kinshasa sous tension politique entre révision constitutionnelle et crise sécuritaire

À Kinshasa, le 5 mai 2026, le débat sur une éventuelle réforme constitutionnelle continue d’alimenter de fortes tensions politiques en République démocratique du Congo. Le président du Conseil national de suivi de l’accord de la Saint-Sylvestre (CNSA), Joseph Olenghankoy, a vivement interpellé le chef de l’État, estimant que le pays s’engage dans une discussion institutionnelle qui détourne l’attention des urgences nationales.

Selon des informations rapportées par Ouragan.cd, l’ancien candidat à la présidentielle de 2006 dénonce une focalisation excessive sur la réforme constitutionnelle, qu’il considère comme un facteur de paralysie politique dans un contexte déjà marqué par la persistance des conflits armés et des fractures sociales.

“Les priorités sont inversées” : un avertissement politique

Dans une déclaration à forte charge politique, Joseph Olenghankoy estime que « les priorités sont inversées et le pays s’égare ». Il appelle le président Félix Tshisekedi à recentrer son action sur la cohésion nationale et la mise en œuvre effective des engagements constitutionnels. Il exhorte également le chef de l’État à se distancier de ce qu’il qualifie de « flatteurs » et de « faux prophètes », accusés de nourrir des débats qu’il juge éloignés des préoccupations réelles de la population.

Crise sécuritaire et fracture institutionnelle

Le leader du CNSA replace ce débat dans un contexte plus large : celui d’une République démocratique du Congo confrontée à une instabilité persistante dans l’Est et à une fragilisation de la cohésion nationale. Pour lui, l’urgence est ailleurs : dans la consolidation de l’unité du pays et la stabilisation des institutions, plutôt que dans une réforme de la loi fondamentale qu’il juge non prioritaire.

Mémoire politique et ligne rouge constitutionnelle

Pour appuyer sa position, Joseph Olenghankoy mobilise l’histoire politique congolaise, évoquant les grandes étapes du processus démocratique, de la Conférence nationale souveraine au dialogue de Sun City, en passant par les luttes pour l’indépendance. Il s’appuie notamment sur la mémoire de figures historiques comme Patrice Lumumba et Étienne Tshisekedi, pour rappeler que les acquis démocratiques actuels résultent de décennies de luttes politiques et de compromis difficiles. Selon lui, ces fondements sont protégés par l’article 220 de la Constitution et ne peuvent être remis en cause sans risquer de fragiliser l’édifice institutionnel.

Un débat constitutionnel devenu clivage national

Le débat sur la réforme constitutionnelle s’impose désormais comme un point de fracture politique majeur. Pour Joseph Olenghankoy, cette dynamique contribue à polariser davantage une société déjà fragilisée par les conflits et les tensions sociales. Il met en garde contre toute initiative susceptible d’alimenter les divisions internes, appelant à préserver les acquis démocratiques issus de l’histoire politique du pays.

Lecture critique : entre stabilité institutionnelle et recomposition politique

Cette prise de position illustre une tension classique des transitions politiques : celle entre la stabilité institutionnelle et les ambitions de réforme. Comme l’écrivait Samuel Huntington, « les institutions politiques sont stables lorsqu’elles sont adaptées à leur environnement social ». Dans ce cas, le débat sur la Constitution révèle une interrogation plus profonde sur l’adéquation entre les structures politiques et les réalités contemporaines du pays. La mise en garde d’Olenghankoy traduit ainsi une vision conservatrice de la stabilité, où la préservation des acquis institutionnels prime sur les dynamiques de réforme.

Dimension implicite : mémoire, pouvoir et légitimité

Au-delà du débat juridique, cette controverse renvoie à une lutte plus large autour de la légitimité politique et historique. La mobilisation de figures comme Lumumba et Tshisekedi père traduit une tentative de sacralisation des fondements démocratiques, utilisés comme barrière symbolique contre toute modification institutionnelle. Comme le rappelait Pierre Nora, la mémoire collective est souvent un instrument de construction politique du présent, où le passé devient un levier d’autorité.

Le débat sur la réforme constitutionnelle en RDC révèle moins une simple discussion juridique qu’un affrontement politique sur les priorités nationales, la stabilité institutionnelle et la direction du pays.

Comme le souligne un extrait repris par Ouragan.cd, Joseph Olenghankoy estime que « faire taire ce qui divise » est devenu une urgence nationale. Et dans cette tension entre réforme et continuité, une question demeure ouverte : comment réformer sans fragiliser, et comment préserver sans immobiliser ? Comme le rappelait Albert Camus, « la vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent ».

Didier BOFATSHI

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