Offensive diplomatique congolaise avant le scrutin de 2026
La République démocratique du Congo a lancé une campagne diplomatique active pour conquérir la direction de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). À N’Djamena, le 8 mai 2026, une délégation conduite par le ministre délégué à la Francophonie, Crispin Mbadu Phanzu, a sollicité le soutien du président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno en faveur de la candidate congolaise Juliana Lumumba Amato.
Cette démarche s’inscrit dans une tournée régionale plus large incluant le Cap-Vert et le Congo-Brazzaville, dans la perspective de l’élection du prochain secrétaire général de l’OIF prévue en novembre 2026 au Cambodge, où la secrétaire générale sortante Louise Mushikiwabo est également candidate à sa succession. La RDC met en avant son statut de premier pays francophone mondial en nombre de locuteurs pour légitimer ses ambitions et repositionner la Francophonie comme un espace plus politique et économique.
Francophonie : un espace de puissance en recomposition
La Francophonie n’apparaît plus uniquement comme un cadre culturel. Elle devient un terrain de compétition diplomatique structuré, où les États cherchent à maximiser leur influence. Comme l’écrivait Hans Morgenthau, « la politique internationale est une lutte pour le pouvoir ». Dans cette logique, la démarche congolaise traduit une volonté claire : transformer un poids linguistique en capital géopolitique. Les États africains deviennent ainsi des pivots d’alliances, dans une configuration où chaque soutien constitue un gain stratégique.
Diplomatie des réseaux et jeux d’alliances
Les visites successives à N’Djamena, au Cap-Vert et à Brazzaville illustrent une diplomatie de coalition. La RDC construit un réseau de soutiens pour influencer l’équilibre du vote à venir. L’institution OIF joue ici un rôle d’encadrement. Comme le souligne Robert Keohane, les institutions internationales ne suppriment pas la compétition, mais la rendent prévisible et structurée. La rivalité s’exprime donc à travers les règles, non contre elles.
Refondation annoncée de la Francophonie
La candidate congolaise, Juliana Lumumba Amato, défend une transformation de l’OIF vers une organisation « plus politique, plus économique et plus proche des peuples ». Ce discours s’inscrit dans une logique de modernisation institutionnelle, où la Francophonie est envisagée comme un acteur de développement et non plus seulement comme un espace linguistique. Dans une lecture libérale des relations internationales, cette évolution traduit l’idée que les institutions peuvent générer des bénéfices collectifs, à condition d’être adaptées aux réalités contemporaines.
Langue, identité et légitimité politique
La candidature congolaise repose fortement sur la dimension linguistique : la RDC revendique le statut de premier espace francophone mondial en nombre de locuteurs. Cette approche illustre une logique constructiviste. Comme l’a montré Benedict Anderson, les communautés politiques sont des « communautés imaginées ». La Francophonie repose ainsi sur une construction symbolique, où la langue devient un facteur d’appartenance et de légitimation. Dans ce cadre, la langue française n’est pas seulement un outil de communication : elle devient un instrument de reconnaissance internationale.
Une organisation au cœur des recompositions africaines
Derrière la compétition électorale, se dessine une recomposition plus large des rapports de force en Afrique francophone. Les États utilisent l’OIF comme un espace d’expression diplomatique, mais aussi comme un levier de visibilité et d’influence régionale. Comme le rappelait Michel Foucault, « le pouvoir est partout parce qu’il vient de partout ». Dans cette configuration, la Francophonie devient un réseau où circulent intérêts, identités et stratégies étatiques.
Lecture critique des enjeux
Cette séquence diplomatique met en lumière plusieurs dynamiques :
- Une compétition géopolitique autour du leadership de la Francophonie
- Une mobilisation stratégique de la démographie linguistique
- Une structuration des alliances africaines dans un cadre institutionnel international
- Une volonté de transformation politique de l’OIF
- Une recomposition symbolique de la langue comme ressource de puissance
La bataille pour la direction de la Francophonie dépasse largement un enjeu institutionnel. Elle traduit une transformation des organisations internationales en espaces de rivalité stratégique où la langue devient un levier de pouvoir.
Comme le soulignait Achille Mbembe, « l’Afrique est le laboratoire du monde à venir ». Dans ce laboratoire diplomatique, la Francophonie apparaît désormais moins comme un héritage culturel que comme un champ de forces en recomposition.

