Sud-Kivu : Examens sous les balles, l’Exetat 2026 pris en otage par l’insécurité

Diplômes sous tension

Au Sud-Kivu, les épreuves hors session de l’Examen d’État 2025-2026 ont démarré le lundi 4 mai 2026 dans un climat de forte insécurité, révélant une fracture brutale entre zones stables et territoires sous tension armée. Dans plusieurs localités, notamment à Kalehe, les affrontements entre groupes armés et forces locales ont perturbé la participation des finalistes, transformant l’évaluation scolaire en parcours de survie.

Selon les autorités éducatives, les zones affectées par les violences ont enregistré une baisse significative du nombre de candidats, tandis que d’autres territoires, comme Fizi, ont connu un déroulement relativement plus stable. Malgré la gratuité instaurée par l’État pour encourager la participation, la peur des combats a dicté la présence ou l’absence des élèves. Dans les salles d’examen, le silence des copies cache désormais le bruit des armes.

Kalehe sous ombre de feu

C’est à Kalehe que la fracture est la plus visible. Les affrontements entre combattants de l’AFC-M23 et groupes dits « Wazalendo » dans les Hauts Plateaux de Ziralo ont vidé partiellement les centres d’examen. Le responsable local de la sous-division, Maheshe Nteranyi Pascal, confirme une déperdition importante des effectifs : « La déperdition des effectifs a été plus observée dans les zones marquées par les violences armées », indique-t-il. Ici, l’examen ne se joue plus seulement sur les copies, mais sur la capacité à survivre au trajet jusqu’à la salle.

Deux pays scolaires en un seul territoire

Pendant que certaines zones du Sud-Kivu s’enfoncent dans la peur, d’autres régions comme Fizi ont vu les épreuves se dérouler dans une relative sérénité. Une coexistence paradoxale : d’un côté des salles remplies, de l’autre des bancs clairsemés. Cette dualité dessine une géographie scolaire à deux vitesses, où la guerre redéfinit l’égalité des chances. L’accès au diplôme, censé être universel, devient conditionné par la cartographie du conflit. Le philosophe Hannah Arendt rappelait que « la violence détruit le pouvoir ». Ici, elle détruit aussi l’accès à l’éducation, transformant l’école en espace vulnérable, soumis aux logiques des armes.

La gratuité face à la peur

Pour cette édition, le gouvernement congolais a maintenu la gratuité des épreuves hors session, une mesure destinée à élargir l’accès à l’Exetat et à réduire les barrières économiques. Dans les zones stables, cette décision a produit un effet tangible : davantage d’élèves ont pu se présenter malgré les difficultés logistiques. Mais dans les zones de conflit, la gratuité ne suffit plus à compenser la peur.

Les candidats « bravent les contraintes sécuritaires », selon les responsables éducatifs, pour tenter de poursuivre leur trajectoire scolaire. Un courage individuel qui contraste avec la fragilité collective du système éducatif. Le pédagogue Paulo Freire écrivait : « L’éducation est un acte de liberté ». Au Sud-Kivu, cet acte se heurte désormais à la contrainte la plus brutale : la survie.

L’école déplacée par la guerre

La perturbation des examens met en lumière une réalité plus profonde : l’éducation congolaise dans l’Est reste structurellement exposée aux dynamiques de conflit. Les élèves ne sont plus seulement confrontés à la rigueur académique, mais à des trajectoires incertaines, où le chemin vers l’examen peut devenir plus dangereux que l’épreuve elle-même.

Le système éducatif, censé être un facteur d’unité nationale, se fragmente sous la pression des violences armées. Les disparités entre zones contrôlées par le gouvernement et celles influencées par des groupes rebelles accentuent cette rupture. Le philosophe Albert Camus affirmait : « La paix est le seul combat qui vaille d’être mené ». Dans le Sud-Kivu, ce combat reste suspendu, laissant l’école en première ligne d’un conflit qui la dépasse.

Une génération sous pression

Derrière les statistiques de participation se cache une génération d’élèves confrontés à une double épreuve : réussir l’examen et survivre à l’instabilité. Dans certaines zones, les finalistes ont dû faire des choix impossibles : se déplacer malgré les risques ou renoncer à une année entière de scolarité.

Cette réalité pose une question centrale sur la continuité du système éducatif dans les zones de conflit prolongé. L’examen, symbole de mérite et d’égalité, devient un révélateur des fractures territoriales. Le sociologue Pierre Bourdieu rappelait que « l’école reproduit les inégalités sociales ». Dans le contexte du Sud-Kivu, elle les amplifie désormais sous l’effet direct de la guerre.

Sous les copies, le bruit des armes

L’édition 2026 de l’Exetat dans le Sud-Kivu s’inscrit ainsi dans une réalité paradoxale : celle d’un système éducatif qui tente de fonctionner dans un environnement fragmenté par l’insécurité. Les autorités éducatives saluent la résilience des élèves et la continuité des examens dans certaines zones, mais reconnaissent implicitement l’impact profond des violences sur le déroulement des épreuves.

Nelson Mandela disait : « L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde ». Au Sud-Kivu, cette arme est encore désarmée par la guerre. Et tant que le silence des salles d’examen restera traversé par le bruit des armes, chaque copie corrigée portera aussi la trace invisible d’un conflit non résolu.

Didier BOFATSHI
Okapi / VFI7, voltefaceinfos7.com

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