RDC : Dans les salles d’accouchement, la douleur des femmes révèle une violence obstétricale systémique

Kinshasa, 21 avril 2026, En République démocratique du Congo, des témoignages de femmes ayant accouché dans des hôpitaux publics mettent en lumière des violences obstétricales récurrentes, allant de gestes médicaux pratiqués sans anesthésie à des abus physiques et verbaux en salle d’accouchement. Ces révélations, amplifiées par une vidéo virale montrant une scène choquante dans un établissement de Kinshasa, ont déclenché une vague d’indignation nationale et ravivé le débat sur la qualité des soins maternels dans un pays où la mortalité maternelle reste particulièrement élevée.

Des chambres d’accouchement devenues zones de douleur

Dans les témoignages recueillis, une constante se dessine : l’accouchement, moment de vie, se transforme parfois en expérience de souffrance extrême. Sara, 31 ans, raconte avoir subi une intervention sans anesthésie lors de la naissance de son enfant à Kinshasa. « Le médecin a tenté de me recoudre sans anesthésie », confie-t-elle, décrivant une expérience qu’elle qualifie de traumatisante et irrépétable.

Une vidéo choc et un pays sous le choc

La diffusion d’une vidéo filmée dans une maternité publique de Kinshasa a servi de déclencheur. On y voit une jeune femme en détresse, une scène d’intervention médicale violente et des gestes coercitifs dans un contexte de forte tension. Les images, largement partagées, ont provoqué une onde de choc nationale, forçant les autorités à réagir publiquement face à ce qui est désormais qualifié de dérive inacceptable.

Des violences entre soin et contrainte

Au-delà du cas médiatisé, plusieurs femmes interrogées décrivent des pratiques récurrentes : absence d’anesthésie, interventions invasives, douleurs non soulagées. Rose, mère de quatre enfants, évoque une intervention post-accouchement particulièrement brutale : « On m’a enfoncé tout l’avant-bras dans l’utérus pour retirer des fragments de placenta », raconte-t-elle, décrivant un acte médical vécu comme une agression.

Un système de santé sous pression

Les autorités sanitaires reconnaissent l’existence de dysfonctionnements. Le ministre de la Santé admet que des cas de violences verbales et physiques ont été observés dans les salles d’accouchement, tout en évoquant des efforts de distribution de kits médicaux. Mais sur le terrain, le manque de ressources, notamment en anesthésie et en personnel qualifié, reste un facteur structurel majeur.

Une justice rare mais symbolique

Le cas du médecin impliqué dans la vidéo virale a débouché sur une condamnation, un fait peu fréquent dans ce type d’affaires. Il a été reconnu coupable de coups et blessures, tout en affirmant avoir agi dans une situation d’urgence médicale. Ce jugement, assorti de dommages-intérêts, est perçu par certains comme un signal institutionnel, sans toutefois répondre à la profondeur du problème.

Une mortalité maternelle parmi les plus élevées

Selon l’Organisation mondiale de la santé, la RDC enregistre environ 427 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes, un chiffre très supérieur aux standards mondiaux. Ce niveau s’explique notamment par le manque d’équipements, de personnel qualifié et de conditions d’hygiène adéquates dans de nombreuses structures sanitaires.

La naissance entre vie et violence

« La douleur d’une femme ne devrait jamais être le prix de la vie », rappelle une maxime fréquemment reprise par les défenseurs des droits des patientes. Dans les maternités congolaises, la ligne entre soin et souffrance apparaît parfois brouillée. Comme l’écrivait Simone de Beauvoir, « On ne naît pas femme : on le devient », mais ici, c’est aussi dans la douleur que certaines naissances se gravent dans les mémoires, rappelant l’urgence de réconcilier médecine, dignité et humanité.

Didier BOFATSHI
Africanewes / VFI7
Okapi, Téléphone ya bana mboka

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