RDC : Sessanga dénonce la recevabilité de la loi référendaire, l’ombre d’un « coup d’État constitutionnel » plane sur Kinshasa

Le verrou constitutionnel vacille

La tension monte autour de la Constitution congolaise. Jeudi 30 avril, l’Assemblée nationale de la République Démocratique du Congo a déclaré recevable la proposition de loi du député Paul Ngondakoy fixant les conditions d’organisation d’un référendum. Une décision qui a immédiatement provoqué une onde de choc dans l’opposition. Delly Sessanga dénonce avec virulence la recevabilité même du texte, qu’il considère comme le prélude à une révision constitutionnelle destinée à ouvrir la voie à un troisième mandat de Félix Tshisekedi. Dans un climat politique déjà inflammable, le débat autour du référendum rallume les fractures sur l’avenir institutionnel du pays.

Sessanga sonne l’alarme

Le mot est lâché. « Dérive ». Puis un autre, plus lourd encore : « liquidation ». À peine la proposition de loi déclarée recevable par l’Assemblée nationale que Delly Sessanga monte au front. L’ancien député national ne critique pas seulement le contenu du texte ; il dénonce surtout sa recevabilité, qu’il considère comme un acte politique grave ouvrant la voie à une remise en cause de l’architecture constitutionnelle de 2006.

Pour l’opposant, la célérité observée au Parlement révèle une stratégie soigneusement balisée. « Des notions floues, un champ extensible, une manœuvre politique dangereuse : tout semble préparer le terrain à un coup d’État constitutionnel destiné à imposer un troisième mandat à Félix Tshisekedi », écrit-il sur ses réseaux sociaux.

Puis le ton devient frontal : « La démocratie ne se négocie pas. Elle se défend. » Derrière cette dénonciation, Sessanga cherche à imposer une lecture politique précise : la recevabilité du texte constituerait déjà, en elle-même, un signal d’alerte institutionnel.

L’article 220 en ligne de feu

Au cœur de la tempête, un chiffre devenu presque sacré dans le débat politique congolais : 220. L’article 220 de la Constitution verrouille notamment le nombre de mandats présidentiels. Pour l’opposition, toute initiative autour du référendum dans le contexte actuel porte implicitement l’empreinte d’une volonté de révision constitutionnelle.

Prince Epenge, proche de Martin Fayulu, parle lui aussi d’un « coup d’État constitutionnel ». Dans une déclaration au ton explosif, il avertit : « Que Félix sache que le peuple ne le laissera pas toucher l’article 220, c’est notre détroit d’Ormuz. »  La formule est hautement symbolique. Elle compare l’article 220 à un passage stratégique mondial susceptible de provoquer une déflagration politique majeure en cas de franchissement. L’implicite devient alors évident : pour l’opposition, le débat sur le référendum dépasse largement la technique juridique. Il s’agit d’un combat préventif contre une éventuelle prolongation du pouvoir présidentiel.

Le Parlement sous soupçon

Du côté de la majorité, le discours est tout autre. La proposition de loi portée par Paul Ngondakoy est officiellement présentée comme une tentative de combler un vide juridique autour de l’organisation du référendum en RDC. Le texte s’appuie notamment sur l’article 5 de la Constitution, qui reconnaît au peuple l’exercice direct de la souveraineté par référendum ou élections.

Les initiateurs évoquent également la nécessité de moderniser les procédures référendaires et de renforcer les mécanismes de transparence ainsi que le contentieux électoral. Mais l’opposition ne croit pas à une simple réforme technique. La méfiance est alimentée par le contexte politique actuel et par une autre proposition similaire déposée le 19 mars 2026 par Tony Mwaba.

Pour les adversaires du pouvoir, l’accumulation de ces initiatives parlementaires dessine progressivement une architecture destinée à préparer le terrain à une réforme constitutionnelle plus profonde. Le philosophe Montesquieu écrivait : « Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice. » Dans les couloirs politiques de Kinshasa, cette citation circule désormais comme un murmure inquiet.

La République au bord du vertige

Le débat dépasse désormais la simple question juridique. Ce qui se joue à Kinshasa ressemble à une bataille pour le contrôle du futur institutionnel du pays. D’un côté, le pouvoir défend une adaptation du cadre légal au nom de la souveraineté populaire. De l’autre, l’opposition voit se profiler une mécanique progressive de révision constitutionnelle.

La crise révèle surtout une fragilité plus profonde : celle de la confiance entre gouvernants et gouvernés. En RDC, chaque débat sur la Constitution réveille les fantômes des crises passées, des tensions sur les mandats présidentiels et des affrontements autour de la légitimité du pouvoir. Le juriste et philosophe Jean-Jacques Rousseau rappelait : « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit. »

Aujourd’hui, à Kinshasa, le droit lui-même devient le champ de bataille. Et derrière les procédures parlementaires, c’est toute la question de l’avenir démocratique congolais qui tremble dans un silence chargé d’électricité politique.

Didier BOFATSHI

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