
Bras de fer des normes
Le débat constitutionnel reprend de l’ampleur en République démocratique du Congo. Dans une tribune intitulée Carte blanche n°228, publiée et relayée par 7SUR7.CD, le député Steve Mbikayi affirme que la Constitution de 2006 serait, dans son essence, un texte « transitoire », né selon lui d’un contexte politique exceptionnel marqué par les guerres et les arrangements de sortie de crise. Une position qui ravive immédiatement les tensions entre lecture juridique stricte et interprétation politique de la norme fondamentale de l’État.
Deux lectures irréconciliables
Selon Steve Mbikayi, les juristes défendent une lecture rigide du texte constitutionnel, tandis que les acteurs politiques s’intéresseraient davantage à « l’esprit » de la Constitution et à son origine historique. Dans sa logique, une Constitution pleinement démocratique suppose une constituante issue du peuple et un référendum organisé sous une autorité jugée légitime. Or, soutient-il, la Constitution actuelle ne répondrait pas entièrement à ces critères, ce qui justifierait son classement dans la catégorie des textes de transition.
Une histoire politique sous tension
Dans son argumentaire, l’auteur de la tribune retrace les grandes étapes de l’histoire constitutionnelle congolaise, évoquant les Constitutions de Luluabourg, les ruptures institutionnelles de 1965, les transitions politiques successives et les crises armées.
Toujours selon 7SUR7.CD, Steve Mbikayi estime que la Constitution de 2006 a permis de stabiliser un pays fragilisé par les conflits, tout en servant de « pont vers une légitimité démocratique plus stable », notamment avec les alternances politiques récentes.
Une Constitution-pont remise en question
Pour l’ancien ministre, le texte fondamental actuel aurait joué un rôle de stabilisation, sans pour autant constituer un aboutissement définitif de la souveraineté populaire. Il plaide ainsi pour l’élaboration d’une nouvelle Constitution par une constituante élue, soumise à référendum et promulguée par une autorité pleinement légitime. « Le débat est ouvert », conclut-il dans sa tribune, appelant à une discussion « sans invectives » sur l’avenir institutionnel du pays, toujours selon 7SUR7.CD.
Un débat aux enjeux profonds
Derrière la controverse juridique, se dessine une question politique centrale : la Constitution de 2006 est-elle un socle définitif ou l’héritage d’une transition prolongée ?
Dans un contexte marqué par des tensions institutionnelles récurrentes, cette interrogation dépasse le cadre académique. Elle touche à la définition même de la souveraineté et du pacte politique congolais. Comme le rappelait Hans Kelsen, « la validité d’une norme repose sur son fondement juridique, non sur sa convenance politique ». Une distinction au cœur du débat actuel.
Une République face à son texte fondateur
Le débat relancé par Steve Mbikayi, relayé par 7SUR7.CD, remet au centre de l’arène politique la question du fondement constitutionnel de l’État congolais. Entre stabilité acquise et refondation revendiquée, la frontière reste fragile. Et comme le soulignait Montesquieu, « les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires ». Reste à savoir si, en RDC, le chantier constitutionnel est celui de la consolidation… ou d’une nouvelle refondation.
Jésus-Chrit t’aime