
La Constitution sous le feu des critiques
Kinshasa. Invité hier vendredi soir sur le Live Space X de Stanis Bujakera Tshiamala, le professeur Jean-Claude Tshilumbayi, premier vice-président de l’Assemblée nationale et haut cadre de l’UDPS, a relancé le débat brûlant sur le changement constitutionnel en RDC. Face aux fractures sécuritaires et aux blessures laissées par des décennies de conflits, il a accusé la Constitution de 2006 d’avoir créé un système favorable à l’impunité. « La Constitution actuelle est une prime à la criminalité », a-t-il déclaré, appelant à une rupture institutionnelle pour empêcher la conquête du pouvoir par les armes.
Le procès du passé, le défi de l’avenir
Pour Tshilumbayi, le texte fondamental actuel aurait protégé certains acteurs issus des crises armées. « Cette Constitution a été faite pour béatifier, pour sanctifier, pour honorer ceux qui ont tué, qui ont violé et qui ont pillé », a-t-il affirmé, évoquant notamment le débat autour du procès Matata Ponyo. Derrière cette charge, une interrogation profonde demeure : comment bâtir un État stable lorsque la violence semble parfois ouvrir la porte du pouvoir ?
Comme l’écrivait Hannah Arendt, « le pardon est nécessaire pour les affaires humaines », mais il ne peut remplacer la responsabilité lorsque la mémoire collective réclame justice.
La guerre, le dialogue et la fracture morale
L’élu accuse également le cycle guerre-dialogue-partage du pouvoir d’entretenir une illusion dangereuse. « Les gens qui prennent les armes aujourd’hui sont rassurés : ils font la guerre, les évêques convoquent un dialogue, ils vont s’asseoir et partager le pouvoir », a-t-il soutenu.
Il estime qu’une nouvelle Constitution devrait rendre imprescriptible le crime de prise d’armes et exclure toute personne impliquée dans de telles violences.
Le prix du sang et la bataille constitutionnelle
Selon lui, les conflits auraient coûté « 13 milliards de dollars depuis qu’ils ont commencé ». Ce chiffre symbolise une hémorragie nationale : pertes humaines, destruction économique et affaiblissement de l’État.
Ainsi, le débat constitutionnel dépasse les textes juridiques. Il touche au cœur même de la République : justice, paix et responsabilité.
« Un peuple qui oublie son histoire est condamné à la revivre », rappelle George Santayana. Entre mémoire douloureuse et ambition de refondation, la RDC se trouve face à une question essentielle : la Constitution doit-elle seulement organiser le pouvoir ou protéger durablement la nation contre le retour des violences ? Comme le disait Montesquieu, « il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ».
Didier BOFATSHI

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