
Limete sous tension politique
Kinshasa, lundi 25 mai 2026. Au siège de l’UDPS à Limete, une déclaration ravive les braises d’un débat sensible sur la Constitution du 18 février 2006. Le sénateur Salomon Idi Kalonda accuse le camp présidentiel de « parjure » et de « trahison », tandis le récent propos d’Augustin Kabuya défend une révision présentée comme un « testament politique » d’Étienne Tshisekedi. Entre mémoire fondatrice et stratégie du pouvoir, la République Démocratique du Congo voit ressurgir une lutte où l’histoire devient arme et la Constitution, champ de bataille.
Mémoire en procès8
Dans sa lettre ouverte, Salomon Kalonda frappe fort : « vous avez hérité d’un nom et d’un combat ». Il accuse le pouvoir de « trahison à la mémoire des treize parlementaires ». La charge est lourde, presque historique. Elle convoque un récit de résistance contre la dictature, transformé aujourd’hui en ligne de fracture politique. Comme le soulignait Montesquieu, « la corruption des gouvernements commence presque toujours par celle des principes ». Ici, le principe devient mémoire, et la mémoire devient accusation.
Constitution en dispute
Au cœur du débat : la révision constitutionnelle. Le camp présidentiel évoque un ajustement aux « réalités actuelles », tandis que l’opposition dénonce une dérive. « Nous allons honorer le testament de notre père fondateur », affirmait Augusti6n Kabuya lors de sa conférence de presse tenu le 25 mai dernier. Une phrase qui transforme la réforme juridique en devoir historique, où la Constitution de 1992 est invoquée comme matrice idéologique.
Tshisekedi, héritage disputé
La figure d’Étienne Tshisekedi devient l’axe central du conflit. Chaque camp s’en revendique l’héritier légitime. Paul Ricœur rappelait que « la mémoire est toujours reconstruction du présent ». Ici, elle devient surtout un instrument de pouvoir.
Guerre des récits2
Derrière les textes et les discours, une bataille silencieuse s’impose : celle du récit fondateur de l’UDPS. La Constitution s’efface partiellement derrière une lutte d’interprétation historique où l’autorité morale se dispute autant que l’autorité politique. Hannah Arendt avertissait : « le pouvoir naît là où les hommes agissent ensemble ». Mais lorsque les récits se fragmentent, le pouvoir lui-même vacille.
L’histoire comme champ de bataille
Dans cette séquence politique, la RDC observe moins un débat juridique qu’une confrontation de mémoires. Une question demeure suspendue : qui détient réellement l’héritage d’un combat devenu institution ? Comme le rappelait Victor Hugo : « Ceux qui vivent sont ceux qui luttent ». Mais ici, la lutte ne se joue plus seulement dans l’action elle se joue dans la mémoire, là où naissent les légitimités de demain.
Didier BOFATSHI

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