RDC : 211 millions USD mobilisés en avril, les régies financières franchissent la barre des 102 %

Un mois record pour le Trésor public

Au mois d’avril 2026, les régies financières de la République démocratique du Congo ont mobilisé 211,3 millions de dollars américains, soit environ 4 754 milliards de francs congolais, dépassant ainsi les prévisions avec un taux global de réalisation de 102,58 %.

Selon les chiffres rendus publics par le ministère des Finances à Kinshasa, la Direction générale des douanes et accises (DGDA), la Direction générale des impôts (DGI) et la Direction générale des recettes administratives, domaniales, judiciaires et de participations (DGRAD) ont toutes enregistré des performances supérieures aux attentes. La DGI affiche 101,39 %, la DGDA atteint 107,96 % et la DGRAD 104,14 %, confirmant une dynamique de mobilisation fiscale jugée “soutenue” par les autorités.

Une machine fiscale sous pression mais performante

Derrière ces chiffres, le gouvernement met en avant une stratégie de consolidation des recettes publiques dans un contexte économique délicat, marqué par des ajustements monétaires et une politique prudente de la Banque centrale.  Le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde, s’est félicité de ces résultats, saluant le “civisme fiscal” des opérateurs économiques et le travail des administrations fiscales. “Nos encouragements aux femmes et aux hommes de la DGI qui contribuent à financer les projets de développement du Chef de l’État”, a-t-il déclaré lors de la séance de clôture de l’échéance fiscale.

La DGI en tête de la dynamique

La Direction générale des impôts s’impose comme l’un des piliers de cette performance, avec plus de 3 538 milliards de francs congolais mobilisés, dépassant légèrement ses assignations initiales. Cette performance est attribuée à une meilleure organisation administrative, mais aussi à l’intensification du dialogue entre l’État et les contribuables, notamment à travers les grandes entreprises minières.

Une réforme fiscale plus offensive

Deux mesures structurantes expliquent en partie cette évolution. La première est l’institutionnalisation du dialogue pré-déclaratif, qui permet d’anticiper les obligations fiscales entre contribuables et administration. L’objectif affiché est de réduire les contentieux et d’améliorer la transparence.

La seconde concerne la neutralité fiscale face aux fluctuations du taux de change. Désormais, les entreprises doivent déclarer et payer leurs impôts dans la même monnaie que celle de leur comptabilité, limitant ainsi les distorsions liées aux variations du franc congolais. Selon le ministère des Finances, cette mesure aurait permis de préserver environ 35 % de recettes qui auraient pu être perdues en raison des fluctuations monétaires.

Une souveraineté budgétaire en construction

Au-delà des chiffres, cette performance révèle un enjeu central : la consolidation de la souveraineté budgétaire de l’État congolais. Dans un pays où la dépendance aux ressources extractives et aux cycles économiques externes reste forte, la mobilisation interne des recettes devient un levier stratégique de stabilité. L’économiste Joseph Stiglitz rappelle que « la fiscalité est le prix à payer pour une société civilisée ». Dans le cas congolais, elle devient aussi un instrument de construction de l’État.

Entre efficacité et fragilité structurelle

Si les résultats d’avril sont présentés comme encourageants, ils n’effacent pas les défis structurels persistants : informalité de l’économie, dépendance sectorielle et sensibilité aux fluctuations monétaires. La progression des recettes publiques reste donc à la fois un signal positif et un indicateur fragile, dépendant fortement des réformes en cours et de leur continuité.

Une dynamique à consolider

Pour les autorités, ces performances constituent un levier essentiel pour financer les projets de développement portés par l’exécutif. Mais la véritable question reste celle de la durabilité : la mobilisation exceptionnelle d’un mois peut-elle devenir une tendance structurelle ? Comme le rappelait l’économiste John Maynard Keynes : « À long terme, nous sommes tous morts. » Encore faut-il que les recettes publiques, elles, survivent au court terme économique.

Didier BOFATSHI

Okapi / VFI7

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