Retour des forces dans une zone sous tension

Samedi 2 mai 2026, le Commissaire provincial de la Police nationale congolaise (PNC) à Kinshasa, le commissaire divisionnaire Israël Kantu, a procédé à la réinstallation d’un poste de police près de la paroisse Paroisse Saint Théophile de Kimbanseke, dans l’est de la capitale congolaise.
La décision intervient après une série d’événements violents ayant secoué ce quartier, notamment la profanation du lieu de culte par des hommes armés non identifiés et l’agression du curé, toujours hospitalisé en soins intensifs.
Le nouveau dispositif sécuritaire, installé près de la rivière Tsanga, vise à renforcer la présence de l’État dans une zone marquée par des actes de criminalité récurrents.
Une sécurité reconstruite sur les ruines de la confiance
Sur le terrain, le commissaire Israël Kantu justifie cette réinstallation par la nécessité de protéger les populations et leurs biens, tout en appelant à une collaboration étroite entre habitants et forces de l’ordre. “Nous allons réinstaller le poste de police ici. Mais nous ne voulons pas que ce qui s’était passé se reproduise. Il faut que la population collabore et dénonce tout suspect”, a-t-il déclaré lors de sa visite.
Ce discours intervient dans un contexte tendu, marqué par des incompréhensions entre forces de sécurité et habitants, notamment après un incident impliquant un présumé “Kuluna”, dont la fuite puis la mort par noyade aurait provoqué des tensions locales et des affrontements autour du poste de police. Dans cette zone de Kimbanseke, la sécurité ne se limite plus à une présence physique de l’État : elle devient une négociation permanente avec une population éprouvée par les violences urbaines.
Kimbanseke, miroir d’une insécurité urbaine persistante
Au-delà de l’incident de la paroisse Saint Théophile, ce retour policier met en lumière une réalité plus large : la fragilité sécuritaire dans plusieurs quartiers périphériques de Kinshasa. Les groupes de jeunes délinquants, souvent désignés sous le terme de “kuluna”, continuent de représenter un défi majeur pour les autorités. Face à eux, les dispositifs policiers oscillent entre intervention, retrait stratégique et réinstallation progressive. La profanation d’un lieu de culte ajoute une dimension symbolique forte à cet épisode. L’attaque d’un espace religieux ne touche pas seulement la sécurité physique, mais aussi le tissu spirituel et communautaire du quartier.
L’État face à la proximité du terrain
La réinstallation du poste de police traduit également une stratégie de reconquête territoriale. Dans des zones où la présence de l’État est contestée ou intermittente, chaque poste devient un point d’ancrage politique autant que sécuritaire.
Mais cette présence reste fragile sans adhésion sociale. La méfiance entre populations et forces de l’ordre constitue l’un des principaux obstacles à une stabilisation durable. Le philosophe Thomas Hobbes écrivait que l’État naît du besoin de “mettre fin à la guerre de tous contre tous”. À Kimbanseke, cet équilibre semble encore précaire, suspendu entre protection et défiance.
Une sécurité à reconstruire
L’installation du poste de police à proximité de la paroisse Saint Théophile apparaît ainsi comme un geste à double lecture : réponse immédiate à l’urgence sécuritaire, mais aussi tentative de restauration du lien entre institutions et habitants. Dans un quartier marqué par la violence, la demande de sécurité devient aussi une demande de confiance.
Comme le rappelait Albert Camus : « La sécurité des hommes est une condition de leur liberté. » À Kimbanseke, cette liberté reste encore à reconstruire, pierre après pierre, entre sirènes de police et silence des communautés éprouvées.