Une architecture nationale en débat

Du 4 au 5 mai 2026, Kinshasa devient le centre névralgique de la réflexion territoriale en République démocratique du Congo avec l’ouverture de la Table ronde sur les défis de l’aménagement du territoire. Initiée par le ministère de l’Aménagement du territoire, dirigé par Jean-Lucien Busa, cette rencontre vise à poser les bases d’une politique nationale cohérente, structurée et adaptée aux réalités démographiques, économiques et environnementales du pays. L’enjeu est majeur : transformer l’espace national en un système organisé, où les infrastructures, les villes et les zones rurales s’inscrivent dans une logique de développement harmonisé.
Le territoire comme projet politique
Derrière les débats techniques, c’est une question fondamentale qui se joue : celle de la maîtrise et de la planification de l’espace national. L’aménagement du territoire ne se limite plus à une approche administrative. Il devient un outil de transformation structurelle de l’État, capable d’influencer la répartition des populations, des infrastructures et des investissements.
Les discussions portent notamment sur l’état des lieux dans les provinces, la contribution des politiques d’aménagement aux projets structurants, ainsi que la définition d’une vision nationale commune.
Entre urgence urbaine et résilience climatique
Cette table ronde intervient dans un contexte marqué par des défis urbains et environnementaux croissants. Le gouvernement met en avant plusieurs initiatives récentes, dont un partenariat entre Expertise France et le ministère de l’Aménagement du territoire visant à renforcer la résilience de la ville de Boma face aux inondations récurrentes.
Financé par l’Agence française de développement (AFD), ce projet s’inscrit dans une dynamique de “villes durables”, centrée sur des infrastructures modernes et adaptées aux défis climatiques. Le développement urbain devient ainsi un enjeu de survie autant que de modernisation.
Une nouvelle légalité de l’espace
Depuis l’entrée en vigueur de la Loi n°25/045 du 1er juillet 2025, toute infrastructure ou utilisation de l’espace physique en RDC est désormais soumise à un avis de conformité obligatoire. Appliquée depuis le 12 août 2025, cette réforme marque une rupture juridique importante dans la gestion du territoire. Elle introduit une logique de contrôle renforcé, où chaque projet doit s’inscrire dans une planification nationale validée par les autorités compétentes.
Le territoire comme ressource stratégique
Au-delà des aspects techniques, cette réforme révèle une mutation profonde : le territoire devient une ressource stratégique au même titre que l’économie ou l’énergie. Planifier l’espace, c’est désormais organiser le développement, anticiper les déséquilibres et structurer la croissance. Le géographe Henri Lefebvre affirmait que « l’espace est politique ». En RDC, cette affirmation prend une dimension concrète : chaque route, chaque ville, chaque zone aménagée devient un choix de société.
Vers une vision unifiée de l’État spatial
La Table ronde de Kinshasa ambitionne ainsi de poser les fondations d’une vision nationale intégrée de l’aménagement du territoire, capable de relier les provinces, les projets structurants et les dynamiques locales. Mais au-delà des textes et des stratégies, la mise en œuvre reste le véritable défi.
Car un territoire bien pensé ne se décrète pas : il se construit, s’exécute et se maintient dans le temps. Comme le rappelait l’urbaniste Patrick Geddes : « L’urbanisme est une manière de penser, pas seulement de construire. » À Kinshasa, cette manière de penser commence désormais à s’écrire à l’échelle d’un pays tout entier.
Didier BOFATSHI
Okapi / VFI7
