États-Unis–Vatican : Marco Rubio à Rome pour tenter de relancer un dialogue gelé entre Trump et Léon XIV

Une mission diplomatique sous haute tension

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio se rend cette semaine à Rome et au Vatican, les 7 et 8 mai 2026, dans une tentative d’apaisement des tensions entre Washington et le Saint-Siège, selon une source du gouvernement italien. Cette visite intervient dans un contexte de crispation diplomatique marqué par les critiques répétées de Donald Trump à l’encontre du pape Léon XIV, ainsi que par des désaccords profonds sur les questions migratoires, les opérations militaires américaines et la politique étrangère de la Maison Blanche. Au programme : entretiens avec le cardinal Pietro Parolin, numéro deux du Vatican, ainsi qu’avec les autorités italiennes, dont le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani et le ministre de la Défense Guido Crosetto.

Le Vatican face à Washington : une fracture politique et morale

Cette mission diplomatique vise à amorcer un “dégel” des relations entre le Vatican et l’administration américaine, après plusieurs mois de tensions ouvertes. Depuis son élection à la tête des 1,4 milliard de catholiques, Léon XIV s’est distingué par des positions critiques sur la politique migratoire américaine et sur certaines interventions militaires, notamment après l’attaque américano-israélienne contre l’Iran. Le pape avait qualifié la menace de Donald Trump de “dévastation de l’Iran” d’“inacceptable”, appelant les citoyens américains à interpeller leurs représentants politiques pour “œuvrer pour la paix”.

Trump contre le Vatican : une crise de langage et de pouvoir

La réponse du président américain ne s’est pas fait attendre. Donald Trump a publiquement qualifié le pape de “faible” sur la criminalité et de “nul en politique étrangère”, rompant avec les usages diplomatiques traditionnels entre Washington et le Saint-Siège.  En retour, Léon XIV a affirmé : “Je n’ai pas peur de l’administration Trump ni de m’exprimer sur le message de l’Évangile”, ancrant le conflit dans une dimension à la fois politique et morale. Le philosophe Max Weber rappelait que le pouvoir repose sur la légitimité. Ici, deux légitimités s’affrontent : celle de l’État et celle du spirituel.

Rome comme terrain de recomposition diplomatique

La visite de Marco Rubio s’inscrit donc dans une logique de recalibrage des relations transatlantiques, alors que plusieurs signaux de désalignement apparaissent entre les États-Unis et leurs partenaires européens. Les tensions ne se limitent pas au Vatican. Elles s’étendent à l’Italie et à l’Espagne, dans un contexte où Donald Trump a menacé de revoir la présence militaire américaine en Europe, évoquant notamment un retrait partiel des troupes stationnées en Allemagne. Samedi 2 mai, le Pentagone a déjà annoncé le retrait de 5 000 soldats américains du territoire allemand, illustrant une recomposition stratégique en cours.

Diplomatie, religion et stratégie mondiale

Au-delà du protocole, cette visite révèle un conflit plus profond entre deux visions du monde : une diplomatie américaine axée sur la puissance et une diplomatie vaticane fondée sur la paix et la régulation morale des conflits. Le philosophe Emmanuel Kant écrivait que “la paix n’est pas un état naturel, mais un projet politique”. Dans ce cas précis, ce projet semble fragilisé par des divergences idéologiques majeures.

Un “dégel” encore incertain

La mission de Marco Rubio pourrait ouvrir une phase de réajustement diplomatique, mais rien ne garantit une désescalade rapide. Les positions restent profondément divergentes sur les questions de guerre, de migration et de gouvernance internationale. Comme le rappelait Henry Kissinger : « La diplomatie est l’art de restreindre le pouvoir. » À Rome, cette semaine, il s’agira peut-être moins de réchauffer les relations que d’éviter leur rupture définitive.

Didier BOFATSHI

RFI / VFI7

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *