Un travailleur humanitaire français de Médecins Sans Frontières a été arrêté dans l’est de la République centrafricaine, déclenchant une nouvelle onde de tension autour du rôle des mercenaires russes dans cette région
minée par les conflits armés. François Zamparini, coordinateur des urgences basé en Suisse pour l’ONG, a été interpellé à Zémio alors qu’il participait à une réunion avec les autorités locales. L’opération a été menée par des paramilitaires russes, souvent associés au groupe Wagner Group, désormais très présent dans l’appareil sécuritaire centrafricain.
Selon les autorités de Bangui, l’humanitaire est soupçonné « d’activités subversives visant à soutenir des groupes armés ». Ces accusations ont été rapidement relayées sur les réseaux sociaux où une campagne l’a présenté comme un espion. Pourtant, plusieurs sources humanitaires décrivent un professionnel expérimenté, engagé dans l’acheminement d’aide aux milliers de réfugiés centrafricains ayant fui les violences vers la République démocratique du Congo.
Zémio, carrefour des guerres oubliées
La localité de Zémio, dans la préfecture du Haut-Mbomou, est devenue depuis 2023 l’un des épicentres d’un conflit complexe opposant milices communautaires, groupes rebelles et forces étatiques.
Parmi les acteurs armés figurent la milice Azandé Ani Kpi Gbè, la rébellion Union pour la paix en Centrafrique (UPC), l’armée centrafricaine et des mercenaires russes. Dans cet échiquier sécuritaire fragmenté, les organisations humanitaires tentent de maintenir des couloirs d’assistance pour les populations déplacées.
L’arrestation qui ravive les soupçons
Selon plusieurs témoignages, l’intervention s’est produite en pleine réunion avec le sous-préfet et le maire de la ville. L’humanitaire a ensuite été placé en détention à la gendarmerie avant d’être transféré à Bangui avec un employé local de l’ONG.
Les autorités affirment qu’aucun document prouvant la légalité de sa présence n’aurait été trouvé sur lui et qu’il ne figurait pas sur la liste officielle du personnel de MSF déployé dans le pays.
La guerre de l’information
Le gouvernement centrafricain a également évoqué un précédent : une supposée arrestation en 2016 liée à des activités auprès du groupe rebelle d’Armel Sayo. Or, selon plusieurs archives médiatiques, Zamparini travaillait alors au Moyen-Orient, notamment en Syrie et au Liban.
Dans cette région sensible, les observateurs notent que la présence d’étrangers, particulièrement occidentaux, est souvent perçue comme une menace potentielle pour les acteurs militaires présents sur le terrain.
Un précédent inquiétant
L’affaire rappelle celle du chercheur belgo-portugais Joseph Figueira, arrêté au même endroit en 2024 lors d’une mission pour une ONG américaine. Condamné pour « atteinte à la sûreté de l’État », il reste détenu au camp de Roux à Bangui malgré plusieurs démarches diplomatiques.
Une affaire désormais diplomatique
Le dossier est désormais suivi de près par le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères en France, qui affirme « apporter l’assistance nécessaire » tout en dialoguant avec les autorités centrafricaines.
Pour l’instant, Médecins Sans Frontières n’a pas officiellement communiqué.
Au-delà du sort d’un homme, l’affaire révèle l’atmosphère de suspicion qui entoure aujourd’hui l’action humanitaire dans certaines zones de conflit africaines. Entre rivalités militaires, propagande et luttes d’influence internationales, la frontière entre aide et espionnage devient parfois dangereusement floue.
Comme le rappelait l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan : « L’humanitaire ne devrait jamais être pris en otage par la politique. » Mais dans les zones grises de la guerre moderne, cette évidence semble parfois vaciller.
RFI / VF7, via voltefaceinfos7.com