Entre négociation sécuritaire et dialogue national, Kinshasa doit encore démontrer comment l’accord de Doha produira des résultats sans transformer le rapport de force militaire en avantage politique.
Kinshasa, 10 septembre 2026. Le processus de Doha place Kinshasa devant une équation sensible. Le gouvernement congolais négocie avec l’AFC/M23 pour traiter le conflit armé dans l’Est. Dans le même temps, Félix Tshisekedi défend un dialogue national auquel les groupes armés ne pourraient participer qu’après le dépôt des armes. Martin Fayulu conteste cette différence de traitement. (Radio Okapi)
Processus de Doha : deux cadres pour une même crise
L’accord-cadre signé à Doha le 15 novembre 2025 fixe plusieurs domaines de négociation. Le cessez-le-feu, l’accès humanitaire, la restauration de l’autorité de l’État et les arrangements sécuritaires figurent parmi les principaux volets. Le processus vise donc d’abord le conflit entre Kinshasa et l’AFC/M23.
En août 2026, les deux parties ont encore travaillé sur une feuille de route et les mécanismes de suivi. Ces annonces doivent toutefois être distinguées des résultats effectivement obtenus sur le terrain. La mise en œuvre reste le principal test du processus.
Fayulu pose alors une question politique : « Pourquoi négocier avec l’AFC/M23 à Doha, mais refuser de parler avec eux à Kinshasa » ? (Radio Okapi)
Le véritable enjeu se trouve après la négociation
Cette interrogation révèle un enjeu plus profond. Négocier avec un mouvement armé peut être nécessaire pour arrêter une guerre. Mais cette négociation ne doit pas automatiquement devenir une reconnaissance politique.
Max Weber associe l’État moderne à la revendication du monopole de la violence physique légitime sur un territoire. Cette grille de lecture éclaire le problème congolais : le processus de paix doit, au terme de son parcours, renforcer l’autorité publique plutôt que consacrer durablement celle d’un acteur armé.
L’essentiel de la controverse se situe donc ici : comment convertir un rapport de force militaire en accord de paix sans convertir ce même rapport de force en pouvoir politique durable ?
De Doha au dialogue national, le résultat fera la différence
Le dialogue national annoncé par le président Tshisekedi poursuit une logique différente. Il vise une réflexion politique plus large sur la crise congolaise. Il ne peut cependant pas, à lui seul, supprimer les réalités militaires dans les territoires affectés par le conflit.
À l’inverse, Doha ne peut pas régler toutes les causes politiques et sociales de la crise. La sécurité conditionne le développement. Mais le développement durable exige aussi des institutions capables d’exercer leur autorité et de protéger les populations.
La question centrale devient donc celle de la mise en œuvre. Les engagements annoncés permettront-ils réellement le retour de l’autorité de l’État, la sécurité des populations et la relance économique des zones touchées ?
Raymond Aron rappelait que les relations internationales restent structurées par les rapports de puissance. Sa pensée aide ici à comprendre une réalité simple : la paix négociée ne supprime pas les rapports de force. Elle cherche à les transformer en règles acceptées.
Pour la RDC, le résultat attendu dépasse donc la signature des textes. Il concerne la sécurité, la souveraineté, la gouvernance et les conditions du développement dans l’Est.
Le processus de Doha sera finalement jugé moins sur les annonces que sur sa capacité à produire ces résultats sans institutionnaliser les gains obtenus par les armes.
La paix congolaise pourra-t-elle transformer le rapport de force militaire en ordre politique légitime sans affaiblir l’autorité de l’État ?
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- Source : Radio Okapi, entretien de Martin Fayulu du 7 septembre 2026, publié le 8 septembre 2026.

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