Le choc des récits
L’opposition congolaise expose de nouvelles fractures. Dans une déclaration publiée ce mardi 21 juillet 2026, Rodrigue Ramazani, secrétaire général d’ENVOL, le parti de Delly Sesanga, a vivement répondu à Seth Kikuni, lui reprochant de commenter la situation politique depuis l’étranger alors que d’autres acteurs ont choisi de rester en République démocratique du Congo malgré les risques. Cette passe d’armes intervient au moment où un dialogue national est annoncé par le président Félix Tshisekedi.
L’échange dépasse le simple cadre d’une polémique personnelle. Il révèle une lutte plus profonde autour de la légitimité politique et du leadership de l’opposition.
Le poids de la présence
Rodrigue Ramazani oppose deux figures de l’engagement politique.
D’un côté, les responsables restés à Kinshasa malgré les violences, les menaces et la répression. De l’autre, les acteurs ayant choisi de poursuivre leur combat depuis l’étranger.
Dans son message, il rappelle que Delly Sesanga et d’autres personnalités sont revenues en RDC malgré les risques sécuritaires.
« La différence est là : les uns risquent leur vie à mains nues pour défendre leurs convictions sur le terrain, tandis que d’autres donnent des leçons depuis l’étranger », écrit-il.
Cette déclaration remet au centre du débat une question récurrente dans l’histoire politique congolaise : la présence physique sur le territoire est-elle devenue la condition de la légitimité politique ?
Comme l’écrivait Albert Camus, « un homme s’affirme en se mesurant à l’obstacle ». Dans les périodes de crise, le sacrifice devient souvent une source d’autorité morale.
L’exil, une autre forme de combat
L’histoire politique mondiale montre toutefois que l’exil n’a jamais signifié la fin de l’engagement.
De nombreux leaders ont poursuivi leur action politique depuis l’étranger. Certains y ont trouvé des espaces de liberté et des relais diplomatiques.
Le philosophe Edward Said rappelait que « l’exil est étrangement captivant à penser, mais terrible à vivre ».
Dans le contexte congolais, cependant, la question est davantage symbolique.
Une partie de l’opinion associe encore le leadership politique à la capacité de partager les mêmes épreuves que la population.
La critique formulée par ENVOL vise donc moins le départ de Seth Kikuni que la perception d’une distance entre le discours politique et les réalités du terrain.
L’ombre du dialogue national
Cette polémique intervient dans un contexte particulier.
Le président Félix Tshisekedi a récemment accepté l’ouverture d’un dialogue national inclusif après ses consultations avec les chefs des confessions religieuses, selon les informations publiées sur la page officielle de la présidence de la République.
Parallèlement, la Coalition Article 64 et l’Union Sacrée de la Nation ont successivement reporté leurs manifestations afin de donner une chance à cette initiative.
Dans ce nouveau contexte, les acteurs de l’opposition cherchent déjà à définir leur place dans l’éventuelle architecture du dialogue.
Cette confrontation verbale traduit aussi une compétition pour le leadership.
Qui représentera l’opposition ? Qui parlera au nom du changement ? Qui apparaîtra comme l’interlocuteur incontournable ?
Comme le soulignait Pierre Bourdieu, la politique est également « une lutte pour le monopole de la représentation légitime ».
Les cicatrices du 12 juin
L’évocation des violences du 12 juin constitue un autre élément majeur.
Rodrigue Ramazani rappelle les blessures, les balles réelles et les risques encourus par certains opposants.
Cette mémoire devient un argument politique.
Elle sert à distinguer ceux qui auraient payé le prix de leur engagement de ceux qui poursuivent leur action à distance.
Mais cette logique comporte aussi des limites.
Le courage individuel ne suffit pas à construire une alternative politique. Il doit s’accompagner d’une capacité de rassemblement et d’une vision commune.
Une opposition à l’épreuve de ses divisions
Au-delà de cette polémique, c’est l’état de l’opposition congolaise qui apparaît en filigrane.
À l’approche d’un éventuel dialogue national, les rivalités internes deviennent plus visibles.
L’histoire politique de la RDC montre pourtant que les divisions de l’opposition ont souvent affaibli les dynamiques de changement.
Paul Ricœur écrivait que « le politique est l’art de vivre ensemble dans des institutions justes ».
Le véritable défi n’est donc pas de déterminer qui a le plus souffert ou qui est resté au pays.
Il est de savoir si les différentes sensibilités de l’opposition seront capables de dépasser leurs divergences.
L’annonce du dialogue national ouvre une nouvelle séquence politique. Elle pourrait favoriser une recomposition du paysage politique congolais.
Mais elle pose également une question essentielle : l’opposition parviendra-t-elle à transformer la concurrence des ambitions en projet collectif ?
Dans les périodes de transition, les batailles les plus décisives se déroulent souvent au sein même des forces du changement.
Et en RDC, la lutte pour le leadership de l’opposition semble désormais pleinement engagée.
Didier BOFATSHI

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