Au Maroc, une pétition ayant dépassé les 100 000 signatures relance le débat sur le fuseau horaire TU+1, en vigueur depuis 2018 hors période de Ramadan. Derrière cette mobilisation citoyenne, se dessine une interrogation plus profonde sur l’équilibre entre impératifs économiques, santé publique et rythme biologique des populations.
Rythmes
Depuis l’adoption du fuseau TU+1, aligné avec des partenaires commerciaux européens comme France et Spain, le Maroc ajuste ponctuellement son heure durant le Ramadan. Ce choix, pensé comme un compromis, est aujourd’hui contesté par une partie de la population qui revendique un retour permanent au Temps universel coordonné, perçu comme plus cohérent avec le rythme naturel du quotidien.
Fatigue
Les signataires de la pétition dénoncent des effets sur le sommeil, la concentration et l’humeur, évoquant une désynchronisation entre l’horloge sociale et l’horloge biologique. Dans les faits, ce débat dépasse la simple question technique : il met en lumière la tension entre organisation du temps collectif et bien-être individuel, un enjeu de santé publique souvent sous-estimé dans les politiques horaires.
Voix
À l’initiative du mouvement, Mohacine el-Ouadouari, enseignant de philosophie, défend un retour au TU en invoquant l’harmonie entre l’heure officielle et les cycles biologiques. Comme le souligne Michel Foucault, les dispositifs sociaux — ici, le temps — structurent les comportements et les corps, révélant une forme de pouvoir invisible qui organise la vie quotidienne.
Arbitrage
Le cadre juridique marocain permet aux citoyens de soumettre des pétitions aux autorités compétentes. La démarche actuelle, forte de plus de 100 000 signatures, s’inscrit donc dans un processus institutionnel susceptible d’ouvrir un examen officiel. Les autorités devront arbitrer entre considérations économiques, notamment l’alignement international, et préoccupations sanitaires exprimées par une partie de la population.
Résonance
Au-delà du débat technique, cette mobilisation traduit une aspiration à reprendre prise sur un élément fondamental mais souvent invisible : le temps. Comme le rappelait Henri Bergson, « le temps est ce qui empêche que tout soit donné d’un seul coup ». Ici, il devient aussi ce qui structure les vies, et dont la maîtrise, même partielle, cristallise des enjeux de société, de santé et de gouvernance.
RFI / VF7, voltefaceinfos7.com