À Kinshasa, devant le siège de son parti, Jean-Marc Kabund a durci le ton vendredi 24 avril 2026 contre le projet de réforme constitutionnelle porté par le pouvoir et une partie de l’Union sacrée de la Nation. Dans un contexte politique déjà tendu, marqué par les débats sur un éventuel changement de la loi fondamentale, l’opposant a dénoncé une initiative qu’il considère comme juridiquement fragile, politiquement dangereuse et historiquement répétitive.
Dans une déclaration à forte charge politique, il a averti que toute tentative de passage en force ouvrirait une séquence de rupture majeure, allant jusqu’à affirmer que ses adversaires « verront comment entrer dans la quatrième République sans eux », posant ainsi l’hypothèse d’un basculement institutionnel en dehors des cadres consensuels.
Un verrou constitutionnel brandi comme ligne rouge
Kabund construit son argumentaire autour d’une lecture stricte de la Constitution, en particulier de ses dispositions limitant toute révision en période de crise sécuritaire ou institutionnelle. Selon lui, les conditions actuelles du pays rendent toute initiative de réforme illégitime, en raison notamment de la persistance des conflits armés et des restrictions institutionnelles dans certaines provinces.
Au-delà de l’argument juridique, il conteste l’opportunité même du débat, estimant que la réforme constitutionnelle est instrumentalisée dans une logique de prolongation du pouvoir. Dans son discours, la Constitution devient ainsi non pas un texte perfectible, mais un rempart politique contre une reconfiguration du mandat présidentiel au-delà de 2028.
Mémoire politique : coups d’État, rébellions et ruptures historiques
L’un des axes centraux de son intervention repose sur une lecture historique des transitions congolaises. Kabund rappelle que les changements constitutionnels majeurs dans le pays ont, selon lui, été liés à des ruptures brutales du pouvoir : coups d’État ou rébellions armées.
Cette lecture historique sert de grille d’interprétation implicite : toute modification profonde de la Constitution serait, selon cette logique, indissociable d’un bouleversement du régime politique lui-même. En filigrane, il établit un parallèle entre les précédentes transitions et le risque d’un scénario similaire aujourd’hui, sans toutefois en expliciter les modalités institutionnelles.
Avertissement politique : la menace d’un basculement sans le pouvoir en place
C’est dans ce registre que Kabund adopte le ton le plus radical. Il estime que si le projet de réforme constitutionnelle est maintenu, une nouvelle configuration politique pourrait émerger en dehors du régime actuel, qu’il décrit comme susceptible d’être marginalisé dans une future recomposition institutionnelle.
Son discours introduit une lecture de rupture : la perspective d’une « quatrième République » devient un horizon politique évoqué comme conséquence d’une crise de légitimité. Il met également en garde le chef de l’État contre une sortie de pouvoir qu’il juge potentiellement risquée, en référence aux destins contrastés de ses prédécesseurs, convoquant ainsi une mémoire politique marquée par la violence, les renversements et les transitions non maîtrisées.
La Constitution comme champ de bataille symbolique
Au-delà du débat juridique, Kabund s’attaque à ce qu’il qualifie de manipulation politique autour de la Constitution. Il rejette fermement les accusations selon lesquelles le texte fondamental serait influencé par des intérêts étrangers, notamment rwandais, et insiste sur son caractère national et consensuel.
Dans son analyse, la Constitution est présentée comme un « ciment de l’unité nationale », conçu pour encadrer la vie politique et empêcher le retour des solutions armées. Il en fait également un outil juridique de résistance politique, rappelant implicitement les mécanismes constitutionnels permettant de s’opposer à des dérives institutionnelles. Cette lecture transforme le texte constitutionnel en un objet à double fonction : instrument de stabilité d’un côté, arme politique de l’autre.
Une crise politique qui dépasse le texte
Le débat sur la réforme constitutionnelle intervient dans un contexte plus large de fragilisation sécuritaire et de recomposition politique. Le pouvoir, à travers l’Union sacrée et notamment l’UDPS, défend l’idée d’une adaptation du cadre constitutionnel aux réalités nationales. À l’inverse, une partie de l’opposition y voit une stratégie de continuité du pouvoir sous une forme modifiée.
Ce clivage révèle une tension structurelle : la Constitution n’est plus seulement un texte juridique, mais un champ de confrontation politique où se joue la légitimité du futur pouvoir. Comme le rappelait Montesquieu, « les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires ». En RDC, la question posée n’est plus seulement celle de la réforme, mais celle de la confiance dans les règles du jeu elles-mêmes.
Entre rupture annoncée et équilibre fragile
« Une Constitution n’est forte que si elle est acceptée même par ceux qu’elle limite », écrivait Alexis de Tocqueville. Dans le cas congolais, le débat ouvert par Kabund révèle une vérité plus profonde : la fragilité du consensus constitutionnel dans un État où chaque texte devient un champ de bataille politique. Entre volonté de réforme et soupçon de captation du pouvoir, la RDC avance sur une ligne de crête où la moindre modification juridique peut se transformer en crise institutionnelle majeure.
Didier BOFATSHI
Okapi, Téléphone ya bana mboka

