Beni : “Naître en sécurité” : Plus de 100 sage-femmes engagées dans une bataille silencieuse contre la mortalité maternelle

Beni, cœur sanitaire du Nord-Kivu

À Beni, plus de 100 sage-femmes participent depuis le samedi 25 avril 2026 à une opération d’inscription au tableau de l’Ordre national, initiée par le Conseil national des sage-femmes. Cette démarche officielle, encadrée par les autorités sanitaires, vise à renforcer la qualité des soins obstétricaux dans une région encore confrontée à un taux élevé de mortalité maternelle et néonatale. Entre régulation professionnelle, épreuves de certification et renforcement des capacités, l’enjeu dépasse la simple formalité administrative : il s’agit d’une réforme structurelle du système de santé maternelle en République démocratique du Congo.

Un serment professionnel au service de la vie

Dans la capitale provisoire du Nord-Kivu, cette opération d’inscription marque une étape décisive dans l’organisation de la profession de sage-femme. L’objectif est clair : identifier, encadrer et certifier les praticiennes pour garantir des soins plus sûrs aux mères et aux nouveau-nés.

Selon Hélène Kavugho, représentante provinciale de l’Ordre, cette initiative constitue un tournant : « L’inscription au tableau de l’Ordre va contribuer à réduire le taux de mortalité maternelle et néonatale et à garantir des sage-femmes compétentes et dynamiques. » Derrière ces mots, se dessine une réalité persistante : la fragilité des systèmes de santé maternelle dans certaines zones du pays.

Une réforme sanitaire face à une urgence nationale

Le président du Conseil national de l’Ordre, Ambrocckha Kabeya, insiste sur la portée légale et obligatoire de cette démarche. « Toute sage-femme est tenue de s’inscrire auprès de l’Ordre national. Il n’existe aucune autre voie, car c’est une obligation légale », a-t-il rappelé.

Cette régulation vise à structurer un secteur critique, dans un pays où les indicateurs de santé maternelle demeurent préoccupants. L’inscription au tableau de l’Ordre devient ainsi un instrument de gouvernance sanitaire autant qu’un outil de protection des patientes.

Dans une lecture plus large, cette réforme illustre ce que le médecin et sociologue Ivan Illich décrivait comme une tension centrale des systèmes de santé modernes : la nécessité de transformer les pratiques professionnelles pour réduire les inégalités d’accès aux soins.

Former pour sauver : la compétence comme rempart

Au-delà de l’enregistrement administratif, les participantes seront soumises à des épreuves théoriques et pratiques, ainsi qu’à une session de renforcement des capacités de trois jours. Cette étape vise à harmoniser les compétences et à élever le niveau de pratique clinique dans les structures de santé locales. Dans un contexte où les infrastructures restent limitées, la qualité du personnel devient un levier central de survie.

Comme le rappelait Florence Nightingale : « Les hôpitaux ne doivent pas nuire à ceux qu’ils sont censés guérir. » Dans cette perspective, la formation continue apparaît comme une condition essentielle pour réduire les risques évitables lors des accouchements.

Entre espoir médical et réalités du terrain

L’initiative de Beni s’inscrit dans un contexte sanitaire complexe, marqué par des contraintes logistiques, sécuritaires et structurelles. La professionnalisation du secteur est perçue comme une réponse stratégique à des défis persistants. Mais au-delà des procédures, c’est toute une chaîne de prise en charge qui est interrogée : accès aux soins, équipement des structures, suivi prénatal et conditions d’urgence.

Dans cette dynamique, la régulation professionnelle ne constitue pas une fin en soi, mais un point de départ vers une transformation plus large du système de santé maternelle.

La naissance comme enjeu de société

Au-delà des certifications et des registres officiels, cette initiative rappelle une vérité fondamentale : chaque naissance est un acte de société autant qu’un événement médical.

Comme l’écrivait Hippocrate : « Là où la médecine est aimée, il y a aussi de l’amour pour l’humanité. » Et dans les salles d’accouchement de Beni, cet amour se traduit aujourd’hui par une exigence : celle de transformer la compétence en protection, et la profession en engagement vital pour la vie.

Didier BOFATSHI

Okapi / VFI7

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