Les mots qui embrasent

Kinshasa entre dans une nouvelle zone de turbulences politiques. À moins de trois semaines de la marche annoncée par la coalition de l’opposition C64, le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya, a lancé samedi 20 juin de graves accusations contre les organisateurs de cette mobilisation. Devant des militants de l’UDPS/Tshisekedi réunis à Kinshasa, il a affirmé que l’objectif caché de cette manifestation ne serait pas uniquement politique, mais viserait également à provoquer des actes de violence dans la capitale.

La coalition C64 prévoit de marcher le 8 juillet prochain pour demander la démission du président Félix Tshisekedi, qu’elle accuse d’avoir trahi son serment constitutionnel.

Le récit d’un complot

Dans un discours offensif, Augustin Kabuya a soutenu que les organisateurs chercheraient à reproduire des scènes de violences déjà observées lors des manifestations du 28 janvier 2025.

« Ils veulent incendier les ambassades comme ils avaient fait le 28 janvier 2025, afin d’en faire porter la responsabilité au pouvoir en place », a-t-il déclaré devant les militants de l’UDPS/Tshisekedi.

Le président intérimaire du parti présidentiel est allé plus loin en affirmant que « l’objectif principal de cette marche est d’incendier toutes les ambassades qui sont dans la commune de la Gombe pour faire porter la responsabilité au gouvernement congolais ».

La bataille des perceptions

Au-delà des accusations, cette séquence révèle une guerre de récits qui s’intensifie entre majorité et opposition. Chaque camp tente désormais de définir à l’avance le sens politique de la marche du 8 juillet.

En présentant cette mobilisation comme une menace contre les représentations diplomatiques, le pouvoir cherche manifestement à déplacer le débat du terrain constitutionnel vers celui de la sécurité publique et de l’ordre républicain.

Comme le rappelait Hannah Arendt, « le pouvoir repose sur le consentement, la violence apparaît lorsque le pouvoir est en péril ». Dans les périodes de forte tension politique, les discours deviennent souvent des instruments de mobilisation autant que des outils d’alerte.

Le test de la responsabilité

Augustin Kabuya a également affirmé que des éléments issus des Mobondo et des groupes de voyous auraient été recrutés pour participer à cette mobilisation. À ce stade, ces accusations relèvent des déclarations politiques formulées devant les militants de l’UDPS/Tshisekedi et n’ont pas été étayées publiquement par des éléments vérifiables dans le discours rapporté.

L’enjeu dépasse désormais la seule marche du 8 juillet. Il touche à la stabilité des institutions, à la liberté de manifester et à la capacité des acteurs politiques à préserver la paix publique.

« Ils ont recruté les Mobondo et les voyous pour atteindre leurs objectifs », a affirmé Kabuya.

Dans toute démocratie, les manifestations constituent un droit, mais la sécurité collective demeure une responsabilité partagée. La marche annoncée apparaît ainsi comme un test grandeur nature pour la maturité politique des acteurs congolais. Comme l’écrivait Montesquieu, « la liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent ». Entre contestation et préservation de l’ordre public, c’est cet équilibre qui sera observé le 8 juillet prochain.

Didier BOFATSHI

Jésus-Christ t’aime

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *