La République Démocratique du Congo entame, pour 2026-2027, un nouveau mandat comme membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Un siège stratégique, obtenu alors que l’Est du pays reste ravagé par des violences persistantes. Entre influence diplomatique et paradoxe sécuritaire, Kinshasa avance sur la scène mondiale avec une conviction : transformer l’épreuve de l’instabilité en levier politique.
Les drapeaux ont été hissés à New York. Le rituel est immuable, presque silencieux. Mais derrière la solennité, la portée est immense. En entrant au Conseil de sécurité, la RDC s’assoit à la table où se décident les mandats de paix, les sanctions et les récits officiels des crises internationales. Comme le rappelle Edward Luck, ancien conseiller spécial de l’ONU, « le pouvoir au Conseil de sécurité ne se limite pas au veto ; il réside aussi dans la capacité à façonner le récit et les priorités ».
Un siège sans veto, mais pas sans influence
Membre non permanent, la RDC n’a pas le bouton rouge du veto, mais elle détient une voix, un tempo, une capacité d’orientation. Dans un Conseil saturé de conflits globaux, ce siège devient un mégaphone diplomatique. Il permet à Kinshasa de déplacer le regard, d’extraire l’Est du Congo du simple registre humanitaire pour l’inscrire dans une lecture géopolitique plus large. Pierre Hassner l’écrivait déjà : « la paix durable ne se construit pas par la simple absence de guerre, mais par la reconnaissance politique des causes profondes du conflit ».
De l’Est congolais aux résolutions onusiennes
Au sein du groupe A3, la RDC partage la responsabilité de porter la voix africaine. Une tâche exigeante. Achille Mbembe avertit : « l’Afrique n’est audible sur la scène mondiale que lorsqu’elle articule le local au global ». Pour Kinshasa, cela signifie traduire les collines instables du Kivu en langage diplomatique, influencer les débats sur la MONUSCO, les sanctions et les mécanismes régionaux de paix.
La fragilité comme autorité morale
Pays en proie à l’insécurité, la RDC incarne un paradoxe assumé. Mais, comme le souligne Hedley Bull, « l’ordre international repose moins sur la perfection des États que sur leur reconnaissance mutuelle comme acteurs légitimes ». Cette vulnérabilité peut devenir une force normative. Joseph Nye y voit même une source de pouvoir : « le soft power naît souvent de la capacité à transformer la souffrance en autorité morale ».
Ce mandat n’est ni une consécration ni une solution miracle. Il est une épreuve de cohérence et de crédibilité. Deux ans pour tenter, selon la formule de Raymond Aron, « d’obtenir ce qui est possible sans renoncer à l’essentiel » : faire de la tribune onusienne un outil réel au service d’une paix encore fragile, mais toujours espérée.
Didier BOFATSHI