Le Kasaï-Oriental tente de raviver une flamme industrielle éteinte depuis 2021. En déplacement à Lubumbashi le jeudi 23 avril 2026, le gouverneur Jean-Paul Mbwebwa Kapo a relancé les discussions avec la direction générale de la Brasimba en vue d’une réouverture de l’unité de production de Mbuji-Mayi. Une démarche politique et économique qui vise à ressusciter un pilier productif disparu, dont l’arrêt continue de peser lourdement sur l’économie provinciale.
Selon le gouverneur, cette relance constitue une priorité de son mandat, dans un contexte où la province cherche à réactiver ses leviers industriels et à restaurer un minimum de vitalité économique locale.
Une économie amputée, une ville en respiration courte
Depuis la fermeture de l’usine en 2021, Mbuji-Mayi fonctionne avec un déficit industriel structurel. L’absence de la Brasimba a entraîné une contraction des emplois, une réduction des circuits formels de distribution et une dépendance accrue à l’informel.
Dans une économie urbaine déjà fragile, cette disparition agit comme une amputation silencieuse. Comme le souligne Albert Hirschman, « le développement dépend des connexions productives plus que des ressources elles-mêmes ». Ici, la rupture de ces connexions a affaibli l’ensemble de l’écosystème économique local.
Lubumbashi, salle des négociations du possible
C’est à la direction générale de la société brassicole, à Lubumbashi, que les discussions ont été engagées entre le gouverneur et le directeur général de la Brasimba, Gaëtan Vanbelle. Les échanges ont porté sur les conditions techniques et structurelles nécessaires à une reprise des activités.
Le gouverneur affirme avoir présenté les efforts de son administration pour améliorer le climat des affaires et attirer de nouveaux investissements. Il déclare : « Depuis 2021, l’usine est à l’arrêt. Nous restons déterminés à voir cette entreprise reprendre ses activités et travaillons à identifier des solutions concrètes dans les meilleurs délais. »
Le retour de l’usine, promesse sociale suspendue
Au-delà de la production, la Brasimba représente un enjeu social majeur. Sa fermeture a privé de nombreux ménages de revenus directs et indirects, aggravant la vulnérabilité économique urbaine.
Sa réouverture potentielle est perçue comme un levier de stabilisation sociale. Comme le rappelle Amartya Sen, « le développement est l’expansion des libertés réelles, notamment celle de travailler ». Dans ce cadre, l’industrie redevient un instrument de dignité sociale et de reconstruction économique.
Une relance sous condition, entre espoir et dépendance
Malgré les avancées annoncées, la reprise reste conditionnée par plusieurs exigences formulées par l’entreprise. Une mission technique de la Brasimba est attendue à Mbuji-Mayi afin d’évaluer les infrastructures et de définir les prochaines étapes.
Ce processus révèle une réalité plus profonde : la dépendance des territoires aux décisions des investisseurs privés. Comme le souligne Pierre Bourdieu, « le pouvoir économique structure l’espace des possibles ». La relance, ici, n’est pas uniquement une décision politique, mais un équilibre de forces.
Mbuji-Mayi face à son miroir industriel
Dans cette séquence, la province tente de reconstruire une économie industrielle capable de générer de la valeur, de l’emploi et de la stabilité. La Brasimba apparaît comme un nœud stratégique dans cette recomposition territoriale.
L’enjeu dépasse l’entreprise : il touche à la capacité du Kasaï-Oriental à redevenir un espace productif viable dans l’économie nationale.
L’industrie comme promesse inachevée
« Le développement n’est jamais un état, mais une trajectoire », écrivait Joseph Schumpeter. À Mbuji-Mayi, cette trajectoire passe par les portes encore closes de la Brasimba. Et comme le rappelait Karl Polanyi, « l’économie est toujours enchâssée dans la société » une vérité qui résonne ici comme un rappel : aucune relance industrielle ne peut être durable sans ancrage social, institutionnel et territorial profond.
Didier BOFATSHI
Didier BOFATSHI
Okapi, Téléphone ya bana mboka

