
Une motion de défiance a été déposée à l’Assemblée nationale contre le Vice-Premier ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Jacquemain Shabani. Selon un communiqué parvenu à la rédaction de voltefaceinfos7.com, les pétitionnaires affirment avoir déjà recueilli 56 signatures d’élus. À l’origine de l’initiative, le député national Laddy Yangotikala accuse le ministre d’“incompétence” face à la dégradation de la situation sécuritaire à Kinshasa et dans plusieurs provinces de la République Démocratique du Congo. Cette contestation politique ouvre un débat plus large sur la capacité de l’État à assurer sa fonction régalienne de sécurité dans un contexte de fragmentation des menaces.
L’État sous tension
Dans la tradition wébérienne, l’État se définit par le monopole de la violence légitime. Max Weber rappelait que « l’État est la communauté humaine qui revendique avec succès le monopole de la violence physique légitime ». La motion contre Jacquemain Shabani traduit ici une interrogation directe : ce monopole est-il encore effectif dans l’espace congolais ?
La sécurité fragmentée
Barry Buzan, figure majeure des études de sécurité, élargit la notion de menace au-delà du militaire. Dans People, States and Fear, il montre que la sécurité est multisectorielle. À Kinshasa comme dans les provinces, l’insécurité ne relève plus uniquement du crime armé, mais d’un ensemble de vulnérabilités institutionnelles, sociales et urbaines qui diluent la capacité d’action de l’État.
Le centre et les périphéries
Pour les théoriciens de la sécurité provinciale, inspirés notamment des approches de “sécuritisation territoriale”, l’État n’est jamais homogène. Les périphéries deviennent des zones où la souveraineté est intermittente. Dans ce cadre, la contestation parlementaire apparaît comme le symptôme d’un désalignement entre centre politique et réalités locales de sécurité.
La politique de la menace
La motion de défiance peut aussi être lue à travers la théorie de la sécuritisation de Ole Wæver, pour qui un enjeu devient sécuritaire lorsqu’il est construit comme menace existentielle. Ici, l’insécurité est politiquement “parlée” pour justifier une remise en cause de l’autorité ministérielle. La sécurité devient un langage de pouvoir autant qu’une réalité opérationnelle.
Cette crise politique révèle une tension classique mais aiguë : celle d’un État sommé de prouver sa capacité à protéger. Comme l’écrivait Thomas Hobbes, « la fonction de l’État est d’éviter la guerre de tous contre tous ».
Mais dans le cas présent, la question dépasse la seule gouvernance ministérielle : elle interroge la solidité même du pacte sécuritaire entre l’État congolais et ses citoyens, là où l’autorité vacille, et où la défiance devient un instrument politique à part entière.
Didier BOFATSHI / VFI7, voltefaceinfos7.com