
Le fauteuil devenu vide
Le pouvoir provincial du haut Katanga vient de perdre l’un de ses visages les plus influents. Jeudi 21 mai, a annoncé sa démission du gouvernorat dans une lettre adressée au président. Après plusieurs mois d’absence prolongée de Lubumbashi, le désormais ex-gouverneur affirme avoir « tiré toutes les conséquences politiques et administratives » d’une situation devenue délicate sur les plans institutionnel et sécuritaire.
Kinshasa, l’exil du pouvoir
Depuis sa convocation à Kinshasa en juillet 2025 par le ministère de l’Intérieur, n’avait plus regagné sa province. L’intérim était assuré par le vice-gouverneur Martin Kazembe pendant que les interrogations enflaient dans l’opinion katangaise.
Dans sa correspondance, l’ancien gouverneur insiste sur sa « loyauté » envers le chef de l’État et réaffirme son attachement « à la stabilité, à la paix et au développement ». Une formulation mesurée, presque feutrée, qui masque difficilement la profondeur politique de cette sortie.
Le pouvoir rongé par l’absence
Au-delà d’une simple démission administrative, cet épisode révèle les tensions silencieuses qui traversent les institutions provinciales congolaises. L’absence prolongée d’un gouverneur dans une province stratégique avait fini par fragiliser l’autorité politique locale.
En février dernier, le parti « Vent d’Avenir » dénonçait déjà « une violation de la loi ». Derrière cette formule juridique se dessinait une crise plus large : celle de la continuité de l’État dans une province clé du cuivre congolais.
Montesquieu écrivait : « Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que le pouvoir arrête le pouvoir. » À travers cette démission, c’est aussi la mécanique complexe des rapports entre Kinshasa et les provinces qui apparaît au grand jour.
Le Katanga au cœur des turbulences
Le départ de Katwe ouvre désormais une séquence politique incertaine dans le bastion économique et stratégique de la République Démocratique du Congo. Dans une région où les enjeux sécuritaires, miniers et politiques s’entremêlent, chaque vacance du pouvoir résonne comme un signal national.
« Gouverner, c’est prévoir », rappelait Émile de Girardin. Mais dans le tumulte feutré du pouvoir congolais, l’absence a parfois plus de poids que les discours. Et jeudi soir, à Kinshasa, c’est un silence politique qui a officiellement pris la parole.
Didier BOFATSHI
