Le feu au cœur de la riposte
Rwampara, 21 mai 2026. La lutte contre Ebola en République démocratique du Congo a basculé dans une scène de tension extrême jeudi à Rwampara, près de Bunia. Des proches d’un patient décédé ont incendié deux tentes du centre de traitement après le refus des équipes médicales de restituer le corps. Profitant de la confusion, plusieurs patients dont trois cas confirmés d’Ebola ont pris la fuite, aggravant une situation sanitaire déjà critique.
Quand la peur défie la médecine
Selon les informations relayées par Radio France Internationale, les auteurs de l’attaque étaient des proches du défunt, notamment des motards venus récupérer la dépouille. Les équipes médicales ont tenté d’expliquer les risques de contamination liés à la manipulation d’un corps infecté, sans parvenir à calmer la colère. Les flammes ont alors englouti les structures d’urgence installées par l’ONG ALIMA pour isoler les patients et protéger le personnel soignant.
Le virus et la fracture de confiance
Derrière cet incident apparaît une réalité plus profonde : la défiance persistante entre certaines communautés et les dispositifs sanitaires. À Ebola s’ajoute désormais une crise de confiance alimentée par les rumeurs, les réseaux sociaux et la peur collective.
Le ministre de la Santé, Roger Kamba, a rappelé que les corps des victimes restent hautement contagieux. « Le mort ne doit pas entraîner avec lui d’autres personnes dans la tombe », a-t-il déclaré, appelant les familles à laisser les équipes spécialisées assurer les enterrements sécurisés.
Des structures saturées
Depuis plusieurs jours, les ONG humanitaires alertent sur le manque criant de moyens. Les centres d’isolement sont débordés, les lits insuffisants et les infrastructures improvisées. « Les besoins sont criants », reconnaissait plus tôt Barry Mamadou Kaba, responsable d’ALIMA en RDC. Construire un véritable centre Ebola nécessite des financements encore absents.
L’épidémie au bord du basculement
La fuite de patients confirmés fait désormais craindre une propagation communautaire plus large dans une région déjà fragile. Chaque déplacement incontrôlé augmente le risque d’extension du virus. Comme l’écrivait Albert Camus : « La peur ne peut se raisonner. »
À Rwampara, elle a pris la forme du feu.
Entre urgence sanitaire et crise sociale
L’incident de Rwampara montre qu’Ebola n’est pas seulement une bataille médicale. C’est aussi une épreuve sociale, culturelle et psychologique. Et comme le rappelait Louis Pasteur : « La science avance, mais l’ignorance résiste. » En Ituri, la riposte contre le virus se joue désormais autant dans les centres de soins que dans la confiance des populations.

