Grands-Lacs : quand Paris sonne l’alarme et que Lomé tente de recoller les lignes

Depuis Lomé, la diplomatie française a élevé la voix. Face à l’intensification des combats à l’Est de la RDC et à la chute symbolique d’Uvira, Paris dit craindre un effet domino régional. Derrière les formules mesurées, un constat s’impose : la crise congolaise déborde, fragilise les équilibres voisins et met à l’épreuve les mécanismes de médiation africaine et internationale.
Uvira, le verrou qui a fait trembler la région
Uvira n’est pas qu’un point sur la carte. Sa chute temporaire aux mains de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda selon Kinshasa et plusieurs partenaires occidentaux, a agi comme un séisme. Les combats ont franchi les lignes nationales, touchant le Burundi, réveillant le spectre d’un embrasement régional. Pour Paris, le signal est clair : lorsque l’Est congolais vacille, c’est toute la région des Grands Lacs qui tangue.
Lomé, médiation africaine sous pression internationale
En s’entretenant avec son homologue togolais, Jean-Noël Barrot a réaffirmé le soutien de la France à la médiation conduite par le président Faure Gnassingbé sous l’égide de l’Union africaine. Mais cette médiation évolue dans un espace saturé : Washington et Doha occupent désormais le devant de la scène. La réunion annoncée à Lomé en janvier 2026 se veut une tentative de réharmonisation, un effort pour éviter que la diplomatie ne se fragmente à l’image du front militaire.
Humanitaire et sécurité, les deux battements d’une même crise
Paris insiste : l’urgence humanitaire n’est pas secondaire. Elle est le miroir de l’effondrement sécuritaire. Déplacements massifs, populations prises en étau, fragilité des États riverains : l’aide devient un levier de stabilisation autant qu’un devoir moral. Le retrait annoncé de l’AFC/M23 d’Uvira, sous pression américaine, apparaît dès lors comme un geste tactique, fragile, insuffisant pour garantir une désescalade durable.
Entre alertes diplomatiques et initiatives de médiation, la crise des Grands Lacs se joue sur un fil. Sans cohérence internationale, sans pression effective sur les soutiens extérieurs des groupes armés, le risque demeure : que les frontières cèdent avant les armes.
Didier BOFATSHI

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *