
L’ombre rouge sur les craies
À Bunia, au cœur d’une Ituri secouée par la résurgence d’Ebola, le gouvernement congolais a choisi de maintenir les écoles ouvertes malgré la mort d’au moins cinq élèves. L’annonce a été faite hier jeudi 28 mai lors d’un point de presse animé par le ministre de la Santé publique, Roger Kamba. Face à la peur qui gagne les familles, Kinshasa mise sur les dispositifs de prévention pour éviter aux enfants de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu une double condamnation : l’épidémie et la privation d’école.
« Nous n’allons pas fermer les écoles », a déclaré Roger Kamba, avant d’insister sur « des dispositifs de prévention afin de ne pas punir doublement les enfants ». Derrière cette ligne gouvernementale, une urgence : contenir le virus sans suspendre l’avenir.
Les écoles au bord du vertige
Dans les provinces touchées, les salles de classe deviennent des fronts silencieux. Lavage des mains, surveillance sanitaire, détection rapide des cas suspects : la prévention s’érige désormais comme rempart contre la propagation du virus. Jusqu’au 26 mai, l’Ituri enregistrait déjà 121 cas confirmés et 17 décès.
Mais les autorités alertent aussi sur un mal plus profond : l’automédication. Plusieurs décès d’enfants seraient liés à des prises en charge tardives. « Toute crise est à la fois un risque et une opportunité », écrivait Edgar Morin. En RDC, Ebola expose brutalement les fragilités sanitaires et sociales de l’Est du pays.
Le pays refuse l’école morte
Dans une région déjà meurtrie par les conflits armés et les déplacements massifs, fermer les écoles reviendrait à éteindre l’un des derniers refuges sociaux. L’école reste un symbole de stabilité, presque une barricade contre le chaos.
La stratégie gouvernementale porte donc une charge politique et humaine considérable : protéger sans enfermer, prévenir sans exclure. Car derrière les chiffres se cache une génération suspendue entre la peur et l’espérance.
« L’avenir appartient à ceux qui préparent les générations futures », rappelait Nelson Mandela. À l’Est de la RDC, cet avenir continue aujourd’hui de s’écrire sous la menace invisible d’Ebola, entre les murs fragiles des écoles encore debout.
Didier BOFATSHI

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