À Luanda, Kinshasa expose les contradictions de l’ordre mondial
À Luanda, le 16 juillet, Félix Tshisekedi a placé le droit international RDC au centre d’une critique plus large du fonctionnement du système mondial. Devant des représentants d’États, d’organisations internationales et de la société civile, le président congolais a dénoncé l’application sélective des principes internationaux et appelé à un ordre fondé sur une véritable égalité entre nations.
Son intervention, prononcée dans le cadre de l’initiative « Un appel à la paix, à la fin des guerres et au respect du droit international », intervient alors que la RDC reste confrontée à une crise sécuritaire persistante dans l’Est du pays. À travers son plaidoyer, Kinshasa cherche à inscrire son conflit dans une question plus vaste : celle de la crédibilité d’un système international où le droit proclamé se heurte encore aux réalités de la puissance.
Le droit universel face à la réalité des rapports de force
« Nous ne pouvons pas bâtir un ordre international stable sur des principes appliqués à géométrie variable », a déclaré Félix Tshisekedi à Luanda. Cette phrase résume la position congolaise : les règles internationales perdent leur force lorsqu’elles semblent dépendre du poids politique, économique ou militaire des acteurs concernés.
Cependant, une lecture réaliste des relations internationales rappelle que le système mondial ne fonctionne pas uniquement selon les normes juridiques. Depuis les travaux de penseurs comme Hans Morgenthau ou Raymond Aron, l’approche réaliste considère que les États agissent d’abord en fonction de leurs intérêts stratégiques, de leur sécurité et de leur influence.
Dans cette perspective, le droit international n’est pas absent, mais il évolue dans un environnement marqué par la compétition entre puissances. Les règles existent, mais leur application dépend souvent des équilibres diplomatiques, des alliances et de la capacité des États à mobiliser un soutien international.
Le paradoxe apparaît alors clairement : le droit affirme l’égalité souveraine des États, tandis que la scène internationale reste structurée par une hiérarchie de puissance.
La crise congolaise, révélateur des limites du multilatéralisme
La référence de Félix Tshisekedi à la souveraineté et à l’intégrité territoriale renvoie directement à la situation dans l’Est de la RDC. Kinshasa accuse la rébellion de l’AFC/M23 d’être soutenue par le Rwanda, ce que Kigali conteste.
Au-delà de ces accusations, le président congolais cherche à placer la crise congolaise dans le débat universel sur la protection des États face aux violations de leurs frontières.
Pour la RDC, l’enjeu est de démontrer que les principes consacrés par la Charte des Nations unies doivent produire les mêmes obligations, quel que soit le pays concerné.
Mais l’expérience historique montre une réalité plus complexe. Les grandes crises internationales ont souvent été traitées selon les rapports de force du moment. Les mécanismes collectifs de sécurité, notamment au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, restent influencés par les intérêts des puissances disposant d’un rôle déterminant dans les décisions internationales.
Ainsi, la question congolaise devient un miroir des fragilités du multilatéralisme : un système capable d’énoncer des principes, mais parfois limité lorsqu’il faut les faire respecter.
Kinshasa transforme une vulnérabilité en levier diplomatique
Face à cette réalité, la stratégie congolaise consiste à convertir une faiblesse sécuritaire en argument diplomatique. La RDC veut apparaître non seulement comme un État victime d’une crise, mais comme un acteur portant une réflexion sur l’avenir de l’ordre mondial.
Cette ambition prend une dimension particulière avec la présidence congolaise du Conseil de sécurité des Nations unies depuis le 1er juillet.
Kinshasa entend profiter de cette position pour défendre plusieurs thèmes : la prévention des conflits, la protection des populations civiles et le respect de la souveraineté des États.
Toutefois, une approche réaliste rappelle une exigence fondamentale : dans le système international, l’influence repose autant sur la légitimité morale que sur la capacité politique, économique et sécuritaire à défendre ses positions.
Comme l’écrivait Raymond Aron, les relations internationales demeurent marquées par « la coexistence des États dans un monde sans gouvernement central ». Cette absence d’autorité supérieure explique pourquoi les principes juridiques doivent constamment composer avec les intérêts nationaux.
Le véritable test : rendre le droit plus fort que la puissance
Le discours de Luanda dépasse donc le seul cas congolais. Il pose une question centrale : un monde organisé autour de rapports de force peut-il réellement garantir une égalité juridique entre nations ?
La réponse dépendra moins des déclarations que de la capacité des institutions internationales à produire des décisions crédibles et applicables.
La RDC cherche aujourd’hui à faire de son expérience un argument pour une réforme morale et politique du système mondial. Mais cette bataille reste difficile : dans les relations internationales, le droit influence la puissance, sans toujours parvenir à la contrôler.
Comme le rappelait Kofi Annan : « Nous avons besoin d’un monde où la force du droit remplace le droit de la force. »
L’enjeu du XXIᵉ siècle est précisément là : faire en sorte que le droit international ne soit pas seulement un langage diplomatique, mais une véritable limite aux rapports de puissance. Comme le soulignait Hans Morgenthau, la politique internationale reste une lutte permanente pour le pouvoir ; le défi contemporain consiste désormais à empêcher que cette lutte efface complètement la justice entre les nations.
Didier BOFATSHI

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