Les Églises au cœur du prochain rendez-vous national

Le dialogue national inclusif RDC entre dans une phase préparatoire. Interrogé lundi lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, le pasteur Éric Nsenga, porte-parole de l’Église du Christ au Congo (ECC), a précisé la mission confiée aux confessions religieuses après l’annonce du président Félix Tshisekedi à la Cité de l’Union africaine, vendredi 17 juillet 2026. L’objectif : restaurer la confiance avant d’ouvrir un grand cadre de concertation nationale.

Selon les informations consultées sur la page officielle de la Présidence de la République démocratique du Congo, le chef de l’État a engagé le pays dans une démarche destinée à renforcer la cohésion nationale, dans le respect des institutions et de la Constitution.

Désormais, les Églises doivent préparer les conditions politiques et sociales nécessaires à ce processus. Elles devront notamment actualiser une ancienne feuille de route élaborée avec l’appui du cabinet présidentiel et contribuer à créer un climat propice au dialogue.

La confiance, première bataille avant la rencontre

Lors de son intervention, le pasteur Éric Nsenga a expliqué que le processus devait évoluer « crescendo ». Selon lui, la première étape consistait à rétablir une relation apaisée entre l’État et les institutions religieuses.

« Il fallait d’abord donner une image restaurée des relations entre l’Église et l’État », a-t-il déclaré, estimant qu’un « temps opportun » était désormais arrivé pour engager officiellement le pays dans cette nouvelle dynamique.

Cette approche révèle un enjeu majeur. Avant de réunir les acteurs politiques et sociaux autour d’une table, il faut reconstruire le lien de confiance fragilisé par plusieurs années de tensions.

Dans une société marquée par les crises institutionnelles et sécuritaires, le dialogue devient ainsi une opération de reconstruction morale autant qu’un mécanisme politique.

Le philosophe Paul Ricœur rappelait que « la confiance est une hypothèse sur la conduite future d’autrui ». En RDC, cette confiance constitue aujourd’hui le socle indispensable de toute initiative de réconciliation.

Une médiation religieuse encore à formaliser

Le rôle des confessions religieuses apparaît progressivement comme celui d’un facilitateur. Le pasteur Nsenga a confirmé que les Églises auront, dans les faits, une fonction de médiation.

Il a notamment évoqué la rencontre déjà organisée avec des responsables de la C64 comme une illustration de cette démarche. Cependant, il a précisé que ce rôle n’était pas encore officiellement défini par un cadre institutionnel.

Cette position place les Églises dans une zone d’équilibre délicate. Elles doivent accompagner le dialogue sans perdre leur indépendance morale. Elles doivent également garantir que la concertation reste ouverte à l’ensemble des composantes de la société.

Comme l’écrivait Hannah Arendt, « le pouvoir correspond à l’aptitude de l’homme à agir de façon concertée ». Cette réflexion souligne que la stabilité nationale ne peut naître d’une seule volonté institutionnelle, mais d’une convergence entre acteurs.

La feuille de route, prochaine étape décisive

Sur le plan pratique, le porte-parole de l’ECC a annoncé le début d’un travail d’actualisation de la feuille de route existante. Sa publication devrait constituer une étape importante pour donner une direction claire au processus.

Cette étape permettra de préciser plusieurs éléments : le calendrier, les acteurs concernés, les mécanismes de participation et les garanties nécessaires à la crédibilité du dialogue.

Car l’histoire politique congolaise rappelle que les grandes concertations nationales ont souvent suscité de fortes attentes. Leur efficacité dépend toutefois de leur capacité à produire des décisions concrètes.

Le défi actuel consiste donc à transformer une annonce politique en processus structuré. La médiation religieuse devra contribuer à rapprocher les positions, mais aussi à maintenir le cap sur l’intérêt général.

Le pari d’un dialogue capable de réparer les fractures

Le dialogue national inclusif RDC apparaît désormais comme un chantier de confiance. Son succès dépendra moins des déclarations que de la capacité des acteurs à instaurer une méthode transparente et inclusive.

La mission confiée aux Églises traduit une réalité profonde : dans les périodes de crise, les sociétés recherchent souvent des espaces capables de rétablir la parole entre citoyens et institutions.

Mais cette responsabilité impose une exigence particulière. La médiation ne pourra produire des résultats durables que si elle reste équilibrée, indépendante et tournée vers la recherche d’un compromis national.

« La paix n’est pas seulement l’absence de conflit, c’est la création d’un environnement où tous peuvent prospérer », rappelait Nelson Mandela.

Ainsi, la prochaine étape du dialogue congolais ne sera pas seulement une question d’organisation. Elle sera un test de confiance collective. Comme l’écrivait Albert Camus, « la vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent ». En RDC, l’avenir du dialogue se jouera donc dans la capacité des acteurs d’aujourd’hui à transformer la parole en actes.

Didier BOFATSHI

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