
Un rapport du gouvernement congolais, présenté par le ministre des Droits humains Samuel Mbemba, documente l’ampleur des violences sexuelles commises à Uvira lors de l’occupation de l’AFC/M23. Plus de 14 400 femmes auraient été violées, tandis que plus de 300 000 personnes ont été déplacées. Le document évoque également des exécutions sommaires, des enlèvements, des pillages et la découverte de fosses communes, dans un contexte de guerre et d’effondrement humanitaire.
La chair comme champ de bataille
À Uvira, le corps des femmes devient territoire conquis, puis brisé. 14 400 vies féminines traversées par la violence, selon les chiffres officiels. Une statistique qui ne compte pas seulement des victimes, mais des mondes fracturés. Frantz Fanon rappelait que « la violence coloniale ne se contente pas de détruire, elle transforme l’être ».
Les routes de l’exil
Plus de 300 000 déplacés fuient les cendres d’un territoire en suspens. Les familles s’éparpillent, les foyers se dissolvent dans l’urgence. Les routes deviennent métonymie de la survie. Comme l’écrivait Hannah Arendt, « l’exil est la perte du monde commun ».
Les fosses qui parlent
À Mayi Moto, Kilomani, Kala, Rutembo : la terre se fait archive macabre. 115 corps ici, 31 ailleurs la géographie devient mémoire enterrée. Le silence, lui, est lourd, presque institutionnel. Eschyle murmurait que « la vérité saigne sous la pierre ».
Les enfants sans tableau noir
Plus de 12 000 enfants arrachés à l’école, projetés dans une enfance interrompue. L’avenir se ferme comme une porte sans clé. L’éducation devient une victime secondaire, mais durable. Une génération suspendue entre peur et oubli.
Dans ce paysage, la guerre ne se limite plus aux armes : elle s’inscrit dans les corps, les silences et les absences.
Et pourtant, selon le gouvernement, ces éléments visent à documenter les violations pour d’éventuelles poursuites judiciaires une tentative de transformer la douleur en preuve.
Comme le disait Albert Camus : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Mais ici, le malheur n’a même plus besoin de nom pour exister il s’imprime dans les chiffres, et brûle dans les mémoires.
Didier BOFATSHI / VF7, voltefaceinfos7.com