
La République Démocratique du Congo pourrait basculer vers une nouvelle ère agricole avec la recevabilité de la proposition de loi sur la souveraineté alimentaire portée par la députée Marie-Claire Kengo à l’Assemblée nationale. L’initiative vise à réduire la dépendance aux importations, relancer la production locale et renforcer l’intervention de l’État dans les filières agricoles. Dans un pays où la faim avance souvent plus vite que les récoltes, cette réforme soulève une question centrale : comment transformer une abondance de terres en puissance nourricière nationale durable ?
L’État se réveille dans les champs
Derrière les bancs parlementaires, une rupture silencieuse se dessine : l’État congolais revient au cœur des sillons. La proposition de loi ne réforme pas seulement l’agriculture, elle reconfigure la souveraineté économique. Comme le rappelait Karl Polanyi, « le marché désencastré finit toujours par appeler sa réintégration sociale ». Ici, l’agriculture redevient affaire de puissance publique, de stratégie, presque de survie.
Les cultures deviennent drapeau
Maïs, manioc, haricots, arachides : ces aliments ne sont plus de simples denrées, mais des symboles de résistance économique. Le texte érige les cultures vivrières en colonne vertébrale nationale. Amartya Sen l’avait souligné : « la famine naît moins du manque de nourriture que de l’incapacité à y accéder ». La RDC tente ainsi de transformer ses champs en bouclier contre la dépendance extérieure.
La dépendance comme blessure invisible
Sous la surface, le diagnostic est brutal : importations massives, faibles rendements, chaînes de valeur fragmentées. La dépendance alimentaire apparaît comme une blessure structurelle. « Les nations faibles importent ce qu’elles devraient produire », écrivait Friedrich List, théorisant la nécessité d’une protection productive temporaire pour bâtir la puissance économique.
Le pouvoir retourne à la terre
En renforçant le rôle de l’État dans le financement et l’organisation agricole, la réforme redessine la carte du pouvoir économique. Elle déplace le centre de gravité vers les campagnes, là où se joue désormais une bataille silencieuse : celle de la souveraineté. Comme le rappelle Mazoyer, « nourrir une nation est un acte de civilisation ». Cette proposition de loi ne parle pas seulement de champs, mais de destin national. Elle interroge la capacité d’un État à transformer la terre en autonomie.
« Celui qui contrôle la nourriture contrôle le peuple », avertissait Henry Kissinger. Et dans les sillons congolais, cette phrase résonne désormais comme une alerte politique autant qu’un horizon.
Didier BOFATSHI / VF7, voltefaceinfos7.com