Uvira : La mémoire des fosses et l’appel d’une justice mondiale

Dans l’est de la RDC, le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, affirme la découverte de fosses communes contenant au moins 210 corps à Uvira, quelques jours après le retrait de combattants du M23. Ces révélations, corroborées par Human Rights Watch, s’inscrivent dans un contexte d’occupation armée marquée par des accusations d’exactions massives. Face à ce tableau macabre, les autorités provinciales appellent la communauté internationale à accorder aux crimes commis dans la région la même attention que d’autres conflits majeurs des Grands Lacs, tandis que Kinshasa relance le débat sur la reconnaissance d’un “génocide congolais”.

Terre ouverte, morts silencieux

Sous la poussière d’Uvira, la terre parle sans voix. Des fosses, des corps, des silences comptés. Le gouverneur Jean-Jacques Purusi évoque un paysage de désolation où la ville retrouve son administration mais découvre ses blessures. « La vérité finit toujours par émerger de la terre qu’on croyait muette », écrivait Albert Camus. Ici, la géographie devient mémoire, et le sol, archive des disparus.

Le retour de l’État sur des ruines

À peine réinstallée, l’autorité provinciale dit découvrir l’ampleur des violences. Les témoignages recueillis et les enquêtes de Human Rights Watch décrivent des fouilles systématiques, des exécutions, des disparitions. « Là où l’État revient trop tard, la violence a déjà écrit son histoire », rappelle une maxime politique souvent attribuée à Hannah Arendt. Uvira apparaît alors comme une ville reprise, mais jamais vraiment libérée de ses ombres.

Le miroir brisé des Grands Lacs

Entre Kigali, Kinshasa et les lignes de front, les récits s’entrechoquent. Les accusations de crimes graves et de fosses communes alimentent une mémoire régionale déjà saturée de tragédies. « Les peuples qui oublient leur passé sont condamnés à le revivre », écrivait George Santayana.
Le Sud-Kivu devient ainsi un miroir fissuré des conflits des Grands Lacs, où chaque fracture en appelle une autre.

L’appel à la conscience mondiale

Face à l’ampleur des pertes humaines, Purusi appelle la communauté internationale à une reconnaissance équivalente des crimes commis dans l’Est de la RDC. Un cri politique autant que moral, dans un espace où la hiérarchie des souffrances semble différée.
« L’injustice, où qu’elle soit, est une menace pour la justice partout », écrivait Martin Luther King Jr.. Dans ce contexte, la demande congolaise dépasse le registre diplomatique : elle devient exigence de mémoire.

Au-delà des chiffres et des rapports, Uvira expose une question essentielle : celle de la valeur égale des vies dans l’ordre international. Les fosses ne demandent pas seulement des enquêtes, mais une reconnaissance. « Les morts ne réclament pas vengeance, mais vérité », rappelait un principe souvent repris en justice internationale. Et dans cette terre où les silences s’empilent plus vite que les réponses, une phrase résonne comme une interpellation universelle : « Tant que la mémoire des victimes reste inégale, la paix demeure inachevée » une vérité que le monde ne peut plus différer.

Didier BOFATSHI

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