AFC/M23 : L’insurrection se déchire, l’ombre de la chute ressurgit

Dans l’est de la RDC, le mouvement rebelle M23 apparaît profondément fragilisé par des rivalités internes, selon un rapport publié en avril 2026 par le Congo Research Group et le Center on International Cooperation. Entre tensions avec le Rwanda, luttes d’influence entre commandants et divergences stratégiques avec sa branche politique, l’Alliance Fleuve Congo, ces fractures exposent un mouvement divisé, tiraillé entre ambitions militaires, intérêts économiques et calculs politiques, au risque de compromettre sa cohésion et tout espoir de stabilisation régionale.

Allié de sable, loyauté friable

Entre le M23 et Kigali, la confiance se fissure sous le poids des intérêts. Le général Sultani Makenga incarne cette ambivalence : compagnon d’armes devenu partenaire sous surveillance. Soutien vital, le Rwanda demeure aussi une menace latente, capable de se retirer au gré de ses calculs. « Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts », rappelait Charles de Gaulle.
Dans cette équation instable, l’alliance ressemble à une corde tendue au-dessus du vide — solide en apparence, fragile en profondeur.

Généraux en duel, pouvoir en lambeaux

Dans les entrailles du mouvement, les rivalités s’enveniment. Baudouin Ngaruye et Makenga rejouent une fracture ancienne où s’entremêlent ambitions militaires, contrôle des recettes et rivalités d’influence. « Là où il y a rivalité, il ne peut y avoir ni paix ni unité durable », écrivait Montesquieu. Le front se dédouble : extérieur contre l’ennemi, intérieur contre soi-même. Et souvent, c’est le second qui consume le premier.

Politique en rupture, guerre sans boussole

Avec l’Alliance Fleuve Congo, portée par Corneille Nangaa, le projet s’élargit mais se désarticule. Entre logique militaire et ambition politique, la fracture devient stratégique.
L’épisode impliquant Joseph Kabila, reléguant Makenga dans l’attente tandis que Nangaa est reçu, symbolise une hiérarchie mouvante, presque humiliante. « Gouverner, c’est faire croire », notait Nicolas Machiavel mais encore faut-il que ceux qui commandent croient au même horizon.

L’insurrection au bord de l’éclat

Ces lignes de fracture ravivent le spectre de 2013, lorsque les divisions internes avaient précipité la chute du mouvement. Une insurrection fragmentée devient vulnérable, poreuse, exposée. « Tout ce qui est divisé contre soi-même ne peut subsister », enseignait Abraham Lincoln. Le M23 semble aujourd’hui suspendu à cette vérité implacable, oscillant entre résistance et implosion.

Derrière les stratégies militaires, c’est une lutte d’intérêts, d’ego et de visions qui se joue, silencieuse mais corrosive. Une guerre dans la guerre, plus dangereuse encore que les affrontements visibles. « Le désordre naît toujours de l’impuissance à maintenir l’unité », écrivait Jean-Jacques Rousseau. Et tandis que les armes crépitent à l’Est, une évidence s’impose, grave et irrévocable : « Les empires périssent moins par leurs ennemis que par leurs propres divisions » une leçon d’histoire que même les rébellions ne peuvent ignorer.

Didier BOFATSHI / VF7, voltefaceinfos7.com

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