Une polémique qui embrase le débat politique

La controverse enfle entre figures politiques congolaises autour de la construction des universités à Kananga et Mbuji-Mayi. Lors d’un point de presse tenu samedi 2 mai 2026 à Kinshasa, le président de la Synergie des notables et associations du Grand Kasaï (SYNAGK), Denis Kambayi, a vivement réagi aux propos de Jean-Marc Kabund, jugés offensants envers ces infrastructures universitaires.
Au cœur de la polémique, une déclaration de Kabund estimant que « personne n’a besoin de ces universités » dans le Grand Kasaï. Une phrase qui a provoqué une onde de choc politique et communautaire dans une région déjà marquée par des défis socio-économiques importants.
L’éducation comme ligne de fracture politique
Pour Denis Kambayi, ces propos dépassent la simple divergence d’opinion. Ils touchent, selon lui, à une question fondamentale : celle du droit à l’éducation et à la dignité territoriale. “Il faut être méchant de critiquer la construction des universités à Kananga et à Mbuji-Mayi”, a-t-il déclaré, appelant Kabund à retirer ses propos et à présenter des excuses publiques.
Dans sa lecture, les universités du Grand Kasaï représentent un tournant historique pour une jeunesse longtemps contrainte à migrer vers d’autres provinces pour poursuivre ses études supérieures. Leur construction est perçue comme une réparation tardive d’un déséquilibre territorial ancien. L’ancien gouverneur insiste : “Si vous voulez anéantir un peuple, ne l’envoyez pas à l’école.”
Le développement comme enjeu politique majeur
Au-delà de la polémique, la sortie de Denis Kambayi s’inscrit dans une mise en récit plus large du développement du Grand Kasaï. Il met en avant plusieurs projets structurants, notamment les programmes routiers et agro-pastoraux tels que Tshilejelu, Lubondayi et Nkuadi, qu’il considère comme des leviers de transformation économique régionale.
Mais derrière cet optimisme affiché, il dénonce également des dysfonctionnements dans l’exécution des projets publics, évoquant des cas présumés de détournements et de mauvaise gestion. Selon lui, “des millions ont été engagés” sans impact suffisant sur le terrain, notamment sur les axes routiers stratégiques comme Kananga–Mbuji-Mayi ou Kamuesha–Kananga, où les conditions de circulation se seraient détériorées. Il appelle ainsi à la mise en place d’une commission d’enquête indépendante et à d’éventuelles poursuites judiciaires.
Université, identité et pouvoir symbolique
Derrière le débat politique, une question plus profonde émerge : celle de la valeur symbolique de l’université dans les régions longtemps marginalisées. L’inauguration d’institutions académiques à Kananga et Mbuji-Mayi dépasse le simple champ éducatif. Elle devient un marqueur d’égalité territoriale et de reconnaissance politique.
Le philosophe Nelson Mandela affirmait : « L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde. » Dans le contexte du Grand Kasaï, cette arme est aussi un outil de stabilisation sociale et de projection générationnelle. Contester ces infrastructures revient donc, pour leurs défenseurs, à remettre en cause un processus de réparation historique.
Une parole politique sous tension
Cette confrontation verbale révèle également la fragilité du débat politique congolais, où les questions de développement deviennent rapidement des enjeux identitaires et émotionnels. La déclaration de Kabund, qualifiée de provocatrice par ses adversaires, a ouvert un espace de polarisation où l’éducation devient un terrain de bataille symbolique. Le sociologue Pierre Bourdieu rappelait que « le pouvoir symbolique est un pouvoir de faire voir et de faire croire ». Dans ce cas précis, les universités deviennent plus qu’un projet : elles incarnent une vision du pays.
Une fracture à apaiser
Alors que la polémique continue d’alimenter les réactions dans l’espace Grand Kasaï, l’appel de Denis Kambayi à des excuses publiques souligne la volonté d’apaisement d’une partie des élites locales.
Mais le débat dépasse désormais les individus. Il interroge la place de l’éducation dans le développement national et la manière dont les projets publics sont perçus, acceptés ou contestés. Comme le rappelait Albert Einstein : « L’éducation est ce qui reste apprès qu’on a oublié ce qu’on a appris à l’école. » Dans le Grand Kasaï, elle est surtout devenue ce qui structure désormais le débat politique lui-même.
7 sur 7 / VFI7
