Une économie populaire face au défi de la loi
Les tontines en RDC pourraient bientôt entrer dans un nouveau cadre juridique. Le député national Eddy Ilunga Mbuyu a déposé, mercredi 15 juillet 2026 à l’Assemblée nationale, une proposition de loi visant à encadrer ces mécanismes d’épargne collective. L’objectif est de protéger les participants contre les abus, sans fragiliser un système fondé sur la confiance communautaire.
Cette initiative concerne une pratique largement répandue, appelée notamment likelemba à Kinshasa et kinkurimba dans l’espace swahiliphone. Le député estime qu’environ 70 % des Congolais utilisent ces mécanismes pour financer des projets ou répondre à des besoins économiques.
Tontines en RDC : protéger sans bureaucratiser
La proposition de loi intervient dans un contexte où les tontines jouent un rôle majeur dans l’économie informelle. Elles permettent à des commerçants, entrepreneurs et ménages d’accéder à une forme d’épargne collective lorsque le système bancaire classique reste difficile d’accès.
Cependant, leur fonctionnement repose principalement sur la confiance entre membres. Ainsi, une réglementation excessive pourrait ralentir leur dynamique ou éloigner certains participants.
Le défi consiste donc à établir des règles simples, accessibles et adaptées aux réalités locales. Comme l’explique l’économiste Elinor Ostrom, les communautés peuvent gérer efficacement leurs ressources lorsque les règles sont construites autour de leurs pratiques réelles.
Une confiance à sécuriser, pas à remplacer
Pour Eddy Ilunga Mbuyu, cette réforme vise surtout à lutter contre les détournements de fonds et les engagements non respectés. « Nous voulons formaliser cette activité afin de sécuriser les participants », a-t-il déclaré.
Ainsi, l’État ne cherche pas seulement à contrôler un secteur informel. Il tente de créer un environnement juridique capable d’offrir des recours aux victimes et d’améliorer la transparence.
Toutefois, la frontière reste délicate entre protection et intervention excessive. Une tontine de quartier ne fonctionne pas comme une institution financière classique.
Vers une reconnaissance économique durable
Au-delà de la réglementation, l’enjeu concerne la reconnaissance d’une économie populaire déjà active. Les tontines représentent un outil d’inclusion financière et un mécanisme de financement de proximité.
La future loi devra donc préserver leur simplicité tout en renforçant leur sécurité. Car la véritable ambition n’est pas de remplacer la confiance par des règles, mais d’utiliser les règles pour consolider la confiance.
Comme le rappelait Alexis de Tocqueville, « les institutions sont le produit des mœurs d’un peuple ». En RDC, l’avenir des tontines dépendra de cette capacité à transformer une pratique sociale ancienne en un modèle économique mieux protégé, sans perdre son âme collective.
Didier BOFATSHI

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