Les talents sortent de l’ombre
La République démocratique du Congo mise sur l’ONEM en RDC pour rapprocher les compétences disponibles des opportunités professionnelles. Le 15 juillet 2026 à Kinshasa, le Gouvernement a remis à l’Office national de l’emploi une base nationale regroupant 8 500 jeunes formés et certifiés entre 2001 et 2025. L’objectif est clair : améliorer l’insertion professionnelle et moderniser la gestion du marché du travail.
Cette initiative intervient lors de la première édition nationale de la Journée mondiale des compétences, de l’employabilité et de l’entrepreneuriat des jeunes. Elle traduit une volonté politique : faire du capital humain un levier de croissance économique.
Mais une interrogation demeure. La connaissance des talents disponibles permettra-t-elle réellement de créer davantage d’emplois ?
Une base de données pour éclairer le marché
La remise du répertoire national des compétences certifiées constitue une avancée dans la structuration de l’emploi en RDC. Désormais, l’ONEM dispose d’un outil permettant d’identifier les profils formés et de faciliter leur orientation vers les secteurs demandeurs.
La ministre du Genre, Famille et Enfant, Micheline Ombae Kalama, représentant le ministre de l’Emploi en mission, a transmis officiellement cette base au directeur général de l’ONEM, Me Fanon Beya Ngombe.
Selon les autorités, cette plateforme doit améliorer la circulation de l’information entre les jeunes, les entreprises et les institutions publiques.
Cependant, l’existence d’un fichier national ne garantit pas automatiquement une insertion professionnelle. La donnée devient utile seulement lorsqu’elle rencontre une économie capable d’absorber les compétences.
Comme l’explique l’économiste Amartya Sen, le développement ne se limite pas à l’accumulation des ressources ; il repose sur la capacité des individus à transformer leurs possibilités en réalités concrètes.
ONEM en RDC : le pari numérique contre le chômage
Au-delà du recensement, le Gouvernement mise sur la transformation numérique des services de l’emploi. L’ONEM développe notamment la plateforme MIKUBA afin de faciliter la mise en relation entre demandeurs d’emploi et employeurs.
Cette orientation vise à rendre le marché du travail plus transparent et plus réactif. Elle doit également permettre une meilleure anticipation des besoins des entreprises.
Toutefois, les outils numériques ne peuvent remplacer les politiques économiques nécessaires à la création d’emplois. Sans investissements productifs, sans développement industriel et sans soutien aux entrepreneurs, les compétences risquent de rester sous-utilisées.
Le directeur général de l’ONEM, Me Fanon Beya Ngombe, l’a rappelé : « Les compétences représentent la richesse de notre nation, mais elles ne prennent toute leur valeur que lorsqu’elles trouvent leur expression dans un emploi productif ».
Du certificat à la croissance : le véritable défi
La RDC possède une population majoritairement jeune. Ce potentiel démographique peut devenir un moteur économique, à condition que la formation corresponde aux besoins réels du marché.
Ainsi, les secteurs du numérique, de l’agriculture moderne, de l’énergie, de l’industrie et des services apparaissent comme des domaines stratégiques.
La réforme actuelle pose donc une question fondamentale : comment passer d’une logique de formation à une logique de production ?
Car la compétence n’est pas seulement un diplôme ou une certification. Elle représente une capacité économique, une force d’innovation et un instrument de transformation sociale.
Comme le soulignait l’économiste Joseph Schumpeter, la croissance naît de la capacité d’une société à transformer ses ressources en innovation.
L’emploi, ultime mesure du succès
La création d’une base nationale des compétences constitue une étape importante. Elle améliore la visibilité sur le potentiel humain du pays et offre un nouvel outil de planification.
Néanmoins, le véritable indicateur restera le nombre de jeunes effectivement insérés dans l’économie.
La réussite de cette stratégie dépendra donc de la capacité de l’État, du secteur privé et des partenaires sociaux à construire un environnement favorable à l’emploi.
Comme l’écrivait Nelson Mandela : « L’éducation est l’arme la plus puissante que l’on puisse utiliser pour changer le monde ». En RDC, cette arme ne produira pleinement ses effets que lorsque les compétences formées deviendront des emplois, des entreprises et une richesse collective.
Didier BOFATSHI

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