
Quand la science frappe à la porte de la Constitution
Kinshasa, 15 juin 2026. Le débat sur la réforme constitutionnelle en République démocratique du Congo quitte les seuls terrains politique et institutionnel pour investir les amphithéâtres universitaires. À l’occasion de la clôture du colloque scientifique national consacré à l’évaluation de la Constitution du 18 février 2006, vingt ans après son adoption, la ministre de l’Enseignement supérieur, Recherche scientifique et Innovation, la professeure Marie-Thérèse Sombo, a plaidé pour une loi fondamentale davantage tournée vers la science, l’innovation et l’économie du savoir.
Selon les informations publiées par Radio Okapi, la ministre estime que le développement durable de la RDC passe désormais par une modernisation du cadre constitutionnel encadrant la recherche et l’enseignement supérieur.
Le savoir à l’étroit dans le texte fondamental
Dans une intervention remarquée, la professeure Sombo a lancé une formule forte :
« Aucune nation ne se développe sans science et aucune science ne prospère sans une Constitution qui la protège. »
Pour la ministre, la Constitution de 2006 demeure une référence importante, mais elle ne répond plus entièrement aux exigences d’un monde dominé par l’innovation technologique, la compétitivité académique et la production des connaissances.
Elle considère notamment que le texte ne distingue pas suffisamment l’enseignement supérieur des autres cycles éducatifs.
L’université en quête d’ailes
Au cœur de son plaidoyer figure la question de l’autonomie universitaire. Marie-Thérèse Sombo déplore un système où les établissements d’enseignement supérieur demeurent fortement dépendants du pouvoir central.
« Les universités sont sans autonomie constitutionnelle et la science n’a pas vraiment sa place », a-t-elle regretté.
Selon elle, cette situation limite la capacité des universités congolaises à innover, à attirer des investissements scientifiques et à répondre efficacement aux défis du développement national.
Une Constitution pour le siècle du savoir
La ministre appelle ainsi à enrichir plusieurs dispositions constitutionnelles relatives à l’éducation, à la recherche scientifique et à l’innovation. Les articles 43, 45 et 46 sont particulièrement visés, en raison de leur portée jugée insuffisante face aux mutations contemporaines.
Au-delà d’une simple réforme juridique, son intervention révèle une ambition plus vaste : faire de la connaissance un levier stratégique de souveraineté nationale. Comme l’affirmait le physicien Albert Einstein : « L’imagination est plus importante que le savoir, car le savoir est limité. »
Dans une économie mondiale où la richesse se mesure de plus en plus en brevets, en innovations et en capacités scientifiques, la RDC se trouve face à un choix historique. Réformer la Constitution pour mieux protéger la science ou risquer de rester à la périphérie de la révolution du savoir. Et comme le rappelait Francis Bacon, père de la pensée scientifique moderne : « Le savoir est pouvoir. » Une formule qui résonne aujourd’hui comme un véritable programme de transformation nationale.
Didier BOFATSHI

Didier BOFATSHi