
La voix des gardiens du consensus
Kinshasa, 15 juin 2026. Alors que le débat sur la révision ou le changement de la Constitution continue d’enflammer la scène politique congolaise, les chefs coutumiers entrent dans l’arène avec une proposition inattendue : l’« arbre à palabres ». Réunis au sein de l’Alliance nationale des autorités traditionnelles du Congo (ANATC), ils plaident pour un dialogue national inspiré des mécanismes ancestraux afin de prévenir une polarisation davantage dangereuse pour la cohésion du pays.
Selon les informations publiées par Radio Okapi, les autorités traditionnelles estiment qu’aucune réforme de la loi fondamentale ne peut être durable sans un large consensus populaire.
L’arbre contre la tempête
Dans une déclaration faite le 14 juin à Kinshasa, le chef coutumier Kitengeshi a défendu une démarche fondée sur l’écoute collective.
« Nous marquons notre soutien à la nécessité d’adapter notre loi fondamentale aux réalités de nos us et coutumes et aux aspirations profondes de notre peuple », a-t-il affirmé.
Cependant, les chefs coutumiers mettent en garde contre toute démarche précipitée. Pour eux, une réforme constitutionnelle « ne doit être ni imposée ni conduite dans la précipitation ». Leur plaidoyer renvoie à une philosophie africaine du dialogue où le consensus précède la décision.
L’unité avant les urnes
Cette prise de position intervient dans un contexte marqué par la guerre dans l’Est du pays et par de fortes tensions politiques internes. Les autorités traditionnelles redoutent que le débat constitutionnel n’accentue davantage les divisions.
« Cette initiative divise profondément les Congolais à un moment critique où notre pays a besoin de son unité sacrée », a souligné le chef Kitengeshi.
Les chefs coutumiers s’interrogent également sur la faisabilité d’un référendum dans un environnement marqué par l’insécurité dans plusieurs provinces, estimant qu’un scrutin ne peut être crédible sans la participation effective de tous les citoyens.
Quand la tradition interpelle la République
Au-delà de la politique, l’ANATC invoque l’article 207 de la Constitution qui confère aux autorités coutumières la mission de préserver le tissu social. Leur intervention apparaît ainsi comme une tentative de réconciliation entre la modernité institutionnelle et les fondements culturels de la nation.
Comme l’écrivait Léopold Sédar Senghor : « La civilisation de l’universel se construit dans l’enracinement. » En proposant l’« arbre à palabres », les chefs coutumiers rappellent que les grandes décisions nationales gagnent en légitimité lorsqu’elles puisent dans la mémoire collective.
À l’heure où les positions se radicalisent, leur message résonne comme un appel à la sagesse. Car, avant de modifier le texte fondamental, ils invitent les Congolais à reconstruire l’essentiel : la confiance. Et comme le disait Hampâté Bâ, « lorsqu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ». Lorsqu’un peuple cesse de dialoguer, c’est parfois une nation qui vacille.
Didier BOFATSHI

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