
À Kinshasa, un conflit oppose l’apôtre Léopold Mutombo à son ancien protégé Didier Mayemba, sur fond d’accusations de diffamation portées devant le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication. Né d’un différend de succession et amplifié par les réseaux sociaux, ce bras de fer révèle les fractures profondes d’une gouvernance religieuse tiraillée entre héritage, légitimité et exposition médiatique.
Le trône invisible vacille
Au cœur de la tempête, une question ancestrale : qui hérite de l’onction ? Entre filiation biologique incarnée par Siméon Mutombo et loyauté spirituelle revendiquée par Mayemba, le pouvoir se dérobe, insaisissable. Comme l’écrivait Max Weber, « le charisme doit se routiniser ou disparaître ». Ici, faute de règles, l’autorité devient champ de bataille.
L’autel devenu arène
Ce qui se murmurait jadis dans les sanctuaires éclate désormais sur la place publique. Les paroles s’aiguisent, les accusations circulent, et la foi se retrouve disséquée sous le regard collectif. Pierre Bourdieu l’avait pressenti : « tout champ est un espace de luttes ». L’église n’échappe plus à cette mécanique.
La parole, nouvelle arme sacrée
Dans l’ère numérique, prêcher, c’est aussi combattre. Les déclarations deviennent virales, performatives, irréversibles. Manuel Castells le résume : « le pouvoir est celui de la communication ». Ainsi, la querelle ne se joue plus seulement devant l’autel, mais dans l’arène digitale où se fabrique la vérité.
Quand l’État frôle le sacré
En saisissant le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication, le spirituel convoque le temporel. Une frontière vacille. Pour Jürgen Habermas, « le privé devient public lorsqu’il engage l’opinion ». L’affaire Mutombo-Mayemba incarne ce basculement. Derrière les éclats de voix et les convocations, une interrogation brûle : qui détient la légitimité de dire Dieu ? Michel Foucault avertissait que « le pouvoir circule là où on ne l’attend pas ».
Et dans ce théâtre où la foi rencontre le pouvoir, la dernière parole reste suspendue comme un verdict invisible. Car, au fond, « les hommes font leur histoire, mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font » écrivait Karl Marx. Ici, elle s’écrit déjà, en lettres de feu.
Didier BOFATSHI
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