
Une proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale par le député Meschack Mandefu Muela vise à réformer la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) en République Démocratique du Congo. Objectif : restructurer son fonctionnement, réduire ses coûts, intégrer les équilibres géopolitiques et surtout ouvrir la présidence à tous les profils compétents. Derrière cette initiative, une volonté affichée de transparence… et une relecture implicite des rapports de pouvoir.
L’autel des illusions fissuré
La réforme surgit comme une onde dans un système déjà ébréché. La CENI, jadis sanctuarisée par l’aura religieuse, voit son socle symbolique vaciller. Comme le murmurait Max Weber, « la légitimité est la croyance en la validité d’un ordre ». Or ici, la croyance s’effrite, rongée par la contestation chronique.
Les marionnettes sans victoire
La scène politique congolaise s’agite, mais souvent sans conquête. Participer sans vaincre, contester sans convaincre : une dramaturgie électorale répétitive. Joseph Schumpeter y verrait une démocratie vidée de sa substance, où la compétition devient rituelle, non conquête.
La main qui ne dit pas son nom
Dans l’ombre, le pouvoir tisse ses fils. La CENI, censée être arbitre, devient soupçonnée d’être instrument. Une « politique du ventre », dirait Jean-François Bayart, où l’institution sert des intérêts avant de servir la nation.
Le sacré désenchanté
L’ouverture de la présidence brise un monopole : celui des confessions religieuses. Fin d’un magistère moral, entrée d’une technocratie disputée. Pierre Bourdieu aurait parlé d’un déplacement du capital symbolique du sacré vers le stratégique.
Au fond, cette réforme oscille entre purification et captation. Elle promet la transparence, mais redessine les lignes du pouvoir. La question n’est plus qui choisit, mais qui contrôle le choix.
Comme le prévenait Jürgen Habermas, « la légitimité naît de la confiance dans les procédures ». Encore faut-il que ces procédures échappent aux mains invisibles. Et dans ce théâtre d’ombres, une vérité persiste, tranchante : « Le pouvoir ne se donne pas, il se prend », écrivait Michel Foucault reste à savoir, ici, qui le prend vraiment.
Didier BOFATSHI / VF7, voltefaceinfos7.com