Chantiers figés, promesse interrompue

Kinshasa, lundi 27 avril 2026. Le député national Justin Luwepe Mayara a saisi l’Assemblée nationale d’une question orale avec débat visant le ministre du Développement rural. En cause : l’abandon du Projet de Renforcement des Infrastructures Socio-Économiques de Base (PRISE) dans les provinces du Kasaï et du Kasaï-Central. Lancé en 2019 pour une durée de 24 mois, le programme reste inachevé sept ans plus tard, laissant derrière lui des infrastructures incomplètes et des populations en attente.
Un projet structurant devenu chantier fantôme
Le PRISE devait transformer les conditions de vie dans des zones rurales longtemps marginalisées. Marchés modernes, forages d’eau potable, panneaux solaires, moulins à maïs : une architecture de développement pensée pour irriguer les territoires. Mais sur le terrain, les infrastructures restent inachevées ou abandonnées.
Justin Luwepe Mayara parle d’un projet “laissé en suspens”, devenu symbole d’attentes non tenues. « Les promesses politiques sont souvent plus lourdes que les actes », écrivait Jean-Jacques Rousseau. Ici, la promesse s’est figée dans le béton interrompu.
Des infrastructures inachevées, des territoires en attente
À Banga-Centre, Mapangu, Ndjoko-Punda, Kamonia, Luiza ou Ndesha, les sites prévus illustrent une géographie du développement inachevé. Certains ouvrages existent partiellement, d’autres n’ont jamais été livrés.
Les populations, elles, continuent de composer avec des besoins essentiels non couverts : eau potable, accès aux marchés, énergie. « Le développement est la capacité d’un peuple à transformer ses conditions de vie », rappelait Amartya Sen. Dans ces régions, cette capacité semble suspendue.
Le Parlement exige des explications
La démarche de l’élu du territoire d’Ilebo vise à obtenir des réponses précises : niveau d’exécution, sites réalisés, montants décaissés, responsabilités engagées. Au-delà de la procédure parlementaire, la question met en lumière un enjeu de gouvernance : la traçabilité des financements publics. « Là où l’argent public disparaît, la confiance disparaît aussi », écrivait Joseph Stiglitz.
Financement, exécution et zones d’ombre
Lancé en mars 2019, le PRISE disposait d’un financement destiné à moderniser les infrastructures rurales de base.
Sa durée initiale de 24 mois n’a pas été respectée, et aucune livraison complète n’a été signalée à ce jour dans plusieurs sites. Cette rupture interroge la chaîne d’exécution : passation, suivi, contrôle, responsabilité. Une architecture administrative fragmentée qui rend difficile l’identification des blocages. « La corruption commence là où le contrôle s’arrête », rappelait Kofi Annan.
Kasaï, territoire de promesses différées
Au-delà du cas du PRISE, c’est une question plus large qui se dessine : celle de la durabilité des projets publics dans les provinces enclavées. Entre ambitions nationales et réalités locales, le décalage persiste. Les infrastructures promises deviennent parfois des traces incomplètes de politiques publiques interrompues. « Le développement sans continuité n’est qu’une illusion », écrivait Celso Furtado.
Le temps long des projets inachevés
Sept ans après son lancement, le PRISE illustre les fragilités structurelles de l’exécution des politiques publiques dans certaines régions de la RDC. « La justice sociale commence par la réalisation des engagements », écrivait John Rawls. Entre attentes rurales et réponses institutionnelles, le chantier du développement reste, lui, largement ouvert.