Mémoire en musique

Abidjan, vendredi 24 avril 2026. Dans le quartier d’Anoumabo, commune de Marcory, la Côte d’Ivoire a inauguré une avenue portant le nom de Papa Wemba. Dix ans après sa disparition sur scène lors du FEMUA, l’artiste congolais devient symbole urbain et patrimoine vivant. Autorités ivoiriennes, diplomates, artistes et habitants ont pris part à cette cérémonie placée sous le signe de la mémoire et du “vivre-ensemble”. Information consultée sur RFI par la rédaction de Voltefaceinfos7.com.
Une rue, une légende
L’ancienne rue Mission Harris et Marcelline Kouadio disparaît au profit d’une nouvelle identité : Avenue Papa Wemba. Un geste urbain fort, qui transforme l’espace en archive vivante. Papa Wemba, figure majeure de la rumba congolaise, quitte ainsi la scène pour entrer dans la topographie d’Abidjan. « Les villes sont des mémoires en pierre », écrivait Italo Calvino. Ici, la mémoire devient route, circulation, quotidien.
Anoumabo, scène d’un hommage partagé
Dans ce quartier populaire, l’émotion a dominé la cérémonie. Les habitants, les “sapeurs”, les admirateurs ont transformé l’inauguration en célébration collective. Les titres “Yolele” et “Maria Valencia” ont résonné dans les rues, rappelant la puissance d’une œuvre transnationale. « La musique est une patrie invisible », écrivait Emil Cioran. Une patrie partagée entre Kinshasa et Abidjan, entre mémoire et présent.
Un geste politique et culturel
Pour les autorités ivoiriennes, cette décision dépasse l’hommage artistique. Elle inscrit Papa Wemba dans une diplomatie culturelle assumée entre la Côte d’Ivoire et la RDC. La ministre du Patrimoine, Marietou Koné, a rappelé les hommages rendus dès 2016, notamment la veillée à Treichville et le rapatriement de sa dépouille à Kinshasa. « La culture est la forme la plus subtile de la diplomatie », écrivait Octavio Paz. Ici, elle devient langage de rapprochement entre États.
Le dernier soir, la légende
Le récit de sa disparition reste gravé dans les mémoires. Sur scène à 5h du matin, Papa Wemba s’effondre vingt minutes plus tard, en pleine performance. A’salfo, commissaire du FEMUA, l’a rappelé avec émotion : un moment de bascule entre vie et mythe. « Les artistes ne meurent jamais vraiment », écrivait Victor Hugo. Ils se transforment en présence durable.
Rumba sans frontières
Au-delà de l’hommage, l’événement souligne l’ancrage continental de la rumba congolaise, patrimoine partagé, traversant langues et frontières. De Kinshasa à Abidjan, la musique devient langage commun, mémoire collective et identité circulante. « La culture est ce qui reste quand tout disparaît », rappelait Édouard Glissant.
Une avenue comme un chant
Une rue renommée, une foule émue, une légende installée dans la ville. Papa Wemba ne traverse plus les scènes : il traverse désormais les rues. « Les morts ne sont vraiment morts que lorsque les vivants les ont oubliés », écrivait Jean d’Ormesson. À Abidjan, cette mémoire circule encore entre béton, musique et histoire partagée.
Didier BOFATSHI
7 sur 7 / VFI7