Le rendez-vous manqué

Kinshasa, 9 juin 2026. Annoncé comme un moment décisif de l’offensive politique contre le président Félix Tshisekedi, le dépôt d’une plainte par la Coalition Article 64 (C64) n’a finalement pas eu lieu. À quelques heures de l’échéance, la plateforme a annoncé le report sine die de l’initiative, invoquant la nécessité d’intégrer de nouveaux éléments juridiques et factuels dans son dossier.

Mais pour Eugène Diomi Ndongala, cette décision ressemble davantage à un désaveu qu’à une stratégie procédurale. « Il s’agit d’un retour en arrière pur et simple », affirme-t-il, estimant que les faiblesses juridiques de la démarche étaient prévisibles dès son annonce.

Le mur du droit

Le report intervient alors que plusieurs interrogations entouraient la recevabilité de l’action envisagée contre le chef de l’État. Diomi Ndongala soutient qu’aucune juridiction ne serait habilitée à recevoir une telle plainte contre un président en exercice sans les procédures constitutionnelles préalables prévues par la loi fondamentale.

Selon son argumentation, l’article 166 de la Constitution impose une mise en accusation préalable par le Congrès avant toute poursuite pour haute trahison. En l’absence de cette étape, les juridictions ordinaires ne pourraient légalement intervenir. Cette lecture illustre une réalité fondamentale de l’État de droit : la justice constitutionnelle obéit à des mécanismes spécifiques qui diffèrent du droit commun.

Une coalition sous pression

Le communiqué de report porte les signatures de plusieurs figures de l’opposition, notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga.

Pour leurs partisans, le report pourrait permettre de consolider juridiquement le dossier. Pour leurs détracteurs, il révélerait les limites d’une initiative confrontée aux exigences du droit constitutionnel. Comme l’écrivait Montesquieu : « La liberté politique ne se trouve que dans les gouvernements modérés. » Une formule qui rappelle que les affrontements politiques doivent toujours s’inscrire dans le cadre des institutions.

Le combat politique continue

Au-delà de la procédure, cet épisode révèle la profondeur des tensions qui entourent le débat constitutionnel et la gouvernance du pays. La bataille engagée par la C64 apparaît autant politique que juridique, dans un contexte où les discussions sur les institutions et les réformes occupent une place centrale dans l’espace public.

Pour Diomi Ndongala, les initiateurs de la démarche se seraient exposés à des risques judiciaires en raison des qualifications avancées contre le chef de l’État. Cette position demeure toutefois celle d’un acteur politique parmi d’autres dans un débat où les interprétations juridiques restent fortement contestées.

Comme le rappelait Alexis de Tocqueville : « Dans les démocraties, les conflits ne disparaissent pas ; ils changent de terrain. » En RDC, le champ de bataille demeure aujourd’hui celui du droit, des institutions et de la légitimité politique.

Didier BOFATSHI

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