À Jérusalem, le 1er septembre 2026, Félix Tshisekedi a rencontré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et le président Isaac Herzog. Les échanges ont porté sur la sécurité, la défense, l’agriculture, les infrastructures, l’énergie et les hautes technologies. Avec Isaac Herzog, les discussions ont aussi concerné l’eau, la santé, l’innovation, la formation et les investissements.

Jérusalem, nouvelle étape de la diplomatie congolaise

Cette séquence s’inscrit dans le rapprochement engagé entre Kinshasa et Jérusalem. Elle montre surtout une volonté affichée de donner davantage de contenu aux relations bilatérales. Les secteurs abordés touchent directement plusieurs priorités nationales.

La sécurité et la défense occupent une place particulière. Elles renvoient aux défis sécuritaires auxquels la RDC reste confrontée. Mais les discussions ne se limitent pas au registre sécuritaire. L’agriculture, l’eau, l’énergie et les infrastructures concernent aussi la sécurité alimentaire, l’accès aux services et la transformation économique.

Benjamin Netanyahou a salué la qualité des relations entre les deux pays. Il a déclaré : « C’est une grande amitié que nous souhaitons approfondir encore plus ».

Une coopération qui dépasse le protocole

La rencontre avec Isaac Herzog élargit cette coopération à des domaines directement liés au développement. Les deux dirigeants ont réaffirmé leur volonté de développer des initiatives communes dans la sécurité alimentaire, la gestion de l’eau, la santé, l’innovation, la formation et les investissements.

Cette orientation donne à la relation bilatérale une dimension multisectorielle. Elle place cependant la coopération devant une exigence simple : passer des échanges politiques aux réalisations concrètes.

Le rapprochement n’est pas nouveau. En novembre 2025, Isaac Herzog s’était rendu à Kinshasa. Félix Tshisekedi avait alors qualifié cette visite d’« historique ». Elle marquait, selon le document fourni, le retour d’un président israélien en RDC après quarante ans d’absence.

La rencontre de Jérusalem apparaît ainsi comme une nouvelle étape d’un processus engagé antérieurement.

La diplomatie congolaise face à l’épreuve des résultats

C’est ici que se trouve l’enjeu central de cette séquence. Pour Félix Tshisekedi, la coopération ne doit pas être évaluée uniquement à travers les accords conclus. Elle doit être jugée sur leur application.

Le président congolais l’a formulé sans ambiguïté : « Notre ambition est de bâtir avec Israël un partenariat moderne, pragmatique et mutuellement bénéfique, qui ne se mesure pas seulement aux accords que nous signons, mais à leur mise en œuvre et aux résultats qu’ils produisent pour nos deux peuples ».

Cette déclaration fixe donc un critère de lecture. La réussite du partenariat dépendra de sa traduction en projets, en investissements, en transferts de compétences ou en coopérations effectivement opérationnelles. À ce stade, le document établit des intentions et des domaines prioritaires. Il ne permet pas encore de mesurer leurs résultats.

Cette prudence est essentielle. En diplomatie, une rencontre crée une possibilité. Elle ne constitue pas encore un résultat.

Une relation inscrite dans la durée

La séquence de Jérusalem prolonge les contacts établis entre les deux présidents. Le document rappelle leurs rencontres à Jérusalem en 2021 et à Davos en janvier 2025, avant la visite d’Isaac Herzog à Kinshasa en novembre de la même année.

Cette continuité donne une profondeur politique au rapprochement. Elle montre que la relation s’est construite progressivement.

Elle invite aussi à regarder la diplomatie congolaise sous un angle plus concret. L’enjeu n’est pas seulement de multiplier les partenaires. Il est de donner à ces relations une utilité mesurable pour les intérêts nationaux.

Comme l’a écrit Raymond Aron, les relations internationales sont structurées par les rapports de puissance. Cette grille de lecture permet ici de distinguer la visibilité diplomatique de la capacité réelle d’action. Pour Kinshasa, l’étape décisive sera donc celle de l’exécution.

La mémoire comme autre langage diplomatique

En marge de ses rencontres politiques, Félix Tshisekedi s’est rendu à Yad Vashem. Il y a rendu hommage aux six millions de Juifs victimes de la Shoah, visité le musée et la Salle des Noms, déposé une couronne de fleurs et ravivé la Flamme du Souvenir.

Cette séquence introduit une dimension mémorielle dans une visite dominée par les questions stratégiques et économiques. Elle rappelle que la diplomatie ne repose pas uniquement sur les intérêts matériels. Elle comporte aussi des gestes symboliques et des rapports à la mémoire.

Le président congolais avait déjà effectué cette démarche en 2021. Il était alors devenu, selon sa cellule de communication, le premier chef d’État congolais à visiter ce lieu de mémoire.

Le véritable test commence après Jérusalem

La rencontre du 1er septembre marque une étape diplomatique. Sa portée réelle dépendra désormais de la mise en œuvre.

Les secteurs identifiés sont nombreux. Les besoins congolais le sont également. Mais aucune coopération ne produit mécaniquement des résultats. Il faudra des engagements précis, des mécanismes de suivi et des réalisations vérifiables.

C’est là que se situe le sens essentiel de cette séquence. Kinshasa affirme vouloir une diplomatie davantage orientée vers les résultats. Le partenariat avec Israël constitue dès lors un cas concret pour apprécier cette ambition.

La question n’est donc plus seulement de savoir si les relations entre la RDC et Israël vont se renforcer. Elle est de savoir ce que ce rapprochement produira effectivement pour les deux pays et, surtout, pour les populations concernées.

Didier BOFATSHI

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