Play-offs Ligue 1 : V.Club brise la tempête, Lupopo chute dans la fournaise de Tata Raphaël

Le réveil des Dauphins

Après deux naufrages successifs à Lubumbashi, l’AS V.Club a retrouvé de l’oxygène. Vendredi 8 mai 2026, dans la chaleur électrique du stade Tata Raphaël de Kinshasa, les Moscovites ont terrassé le FC Saint-Éloi Lupopo (1-0) lors de la troisième journée des play-offs de la Ligue 1 congolaise. Une victoire courte, rugueuse, presque viscérale, née d’une tête plongeante de Mpiana Monzinzi Muziz à la 24e minute, sur un caviar signé Djino Eyosa.

Sous pression après deux revers face au TP Mazembe et au CS Don Bosco, les Dauphins Noirs jouaient déjà une partie de leur survie sportive. En face, Lupopo débarquait avec le costume d’équipe en confiance après son succès dans le derby lushois contre Mazembe. Mais à Kinshasa, le football change souvent de visage. Et parfois de destin. « Les grandes équipes se révèlent quand elles sont acculées », glissait un observateur au coup de sifflet final.

Tata Raphaël en ébullition

Le vieux temple de Kinshasa a tremblé dès les premières minutes. V.Club n’avait plus le luxe du doute. Chaque ballon portait le poids d’une saison qui menaçait déjà de basculer. Puis vint la 24e minute. Djino Eyosa dépose un centre chirurgical. Mpiana Monzinzi surgit. Tête plongeante. Filet transpercé. Explosion des tribunes. Le stade Tata Raphaël devient alors une caisse de résonance géante où se mêlent soulagement, colère dissipée et renaissance provisoire.

Le but vaut plus que trois points. Il réanime un club blessé, fragilisé par ses déconvenues à Lubumbashi. Pendant plusieurs semaines, les Moscovites donnaient l’impression d’un géant fissuré. Vendredi soir, ils ont retrouvé une partie de leur rugissement.

Albert Camus écrivait : « Tout ce que je sais avec certitude sur la morale et les obligations des hommes, c’est au football que je le dois. » À Kinshasa, cette phrase résonne comme une vérité brute. Le football y expose les failles humaines autant qu’il magnifie les résistances collectives.

Lupopo, le frein brutal

Les Lumpas arrivaient pourtant lancés à pleine vitesse. Leur victoire contre Mazembe avait ravivé les ambitions et installé une dynamique conquérante. Mais les play-offs congolais ne pardonnent aucune hésitation. Face à un V.Club plus agressif, Lupopo a manqué d’étincelles offensives et d’autorité dans les zones décisives. Le club lushois reste bloqué à quatre points et voit son élan brutalement ralenti. Dans les travées du stade, certains supporters de Lupopo évoquaient déjà une « occasion ratée ». Car battre V.Club à Kinshasa aurait envoyé un signal fort au reste du championnat. Mais les Dauphins, dos au mur, ont choisi la révolte.

Le football des nerfs

Au-delà du score, cette rencontre dévoile surtout la violence psychologique des play-offs. Ici, chaque match ressemble à un procès populaire. Chaque défaite devient une crise. Chaque victoire, une résurrection provisoire. À Lubumbashi, V.Club semblait perdu dans ses propres fissures mentales. À Kinshasa, porté par son public et l’urgence du moment, le club a retrouvé une colonne vertébrale émotionnelle.

Eduardo Galeano résumait cette dramaturgie du football avec une précision presque poétique : « Le football est l’unique religion qui n’a pas d’athées. » Le football congolais vit précisément dans cette démesure émotionnelle. Les tribunes dictent parfois les états d’âme d’une saison entière.

Avec désormais trois points en trois sorties, V.Club respire encore. Sans convaincre totalement. Sans rassurer définitivement. Mais dans une phase aussi féroce, la confiance vaut parfois davantage que le spectacle. Le prochain rendez-vous contre l’AS Simba de Kolwezi dira si cette victoire marque une renaissance ou seulement un sursis.

Car dans les nuits brûlantes du football africain, les géants tombent rarement sans lutter. Et parfois, au bord du précipice, ils retrouvent soudain la mémoire de leur grandeur. Comme l’écrivait Victor Hugo : « Ceux qui vivent sont ceux qui luttent. » Vendredi soir, V.Club a cessé de survivre. Le club a recommencé à combattre.

Didier BOFATSHI

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