De nouvelles révélations publiées le 16 juillet par le consortium Forbidden Stories, consultées notamment via RFI, relancent l’affaire Pegasus. Elles suggèrent que plusieurs hauts responsables français, dont Emmanuel Macron et sept ministres, auraient figuré parmi les cibles potentielles du logiciel espion israélien. Ces informations émergent alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu effectuait une visite officielle au Maroc, ravivant les interrogations sur la confiance entre deux partenaires stratégiques.
L’affaire Pegasus franchit une nouvelle étape. Cinq ans après les premières révélations mondiales sur ce logiciel développé par la société israélienne NSO Group, les nouvelles enquêtes replacent la sécurité nationale française au cœur du débat.
Selon Forbidden Stories, plusieurs responsables politiques français auraient été ciblés, tandis que des notes attribuées à la Direction générale de la sécurité extérieure estiment que le Maroc utiliserait cet outil depuis 2017. Rabat a toujours contesté ces accusations.
Les murs invisibles
Au-delà de la dimension diplomatique, l’affaire soulève une question plus profonde : celle de la vulnérabilité des États à l’ère numérique.
Un téléphone portable est désormais un coffre-fort politique. Il contient des arbitrages, des confidences diplomatiques, des échanges stratégiques et parfois des informations sensibles liées à la défense nationale. L’hypothèse d’une compromission de responsables gouvernementaux transforme donc un scandale technologique en véritable affaire d’État.
« Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts », rappelait Charles de Gaulle. Cette formule résonne avec une intensité particulière au moment où Paris et Rabat cherchent à consolider leur rapprochement politique.
Le paradoxe français
L’autre révélation majeure réside dans le fait que plusieurs administrations françaises auraient, entre 2019 et 2020, envisagé l’acquisition de Pegasus avant un arbitrage négatif de l’Élysée.
Ce paradoxe met en lumière les ambiguïtés contemporaines de la souveraineté numérique. Les démocraties dénoncent les dérives de certains outils de surveillance tout en reconnaissant leur efficacité stratégique.
Cette contradiction révèle également le retard européen dans le développement de solutions souveraines face à l’expansion des technologies de cyberespionnage.
La guerre silencieuse
L’affaire dépasse enfin le cadre franco-marocain. Elle illustre l’émergence d’une nouvelle géopolitique où les conflits se déplacent vers les données, les réseaux et les appareils connectés.
Comme l’écrivait Michel Foucault, « le savoir est lié au pouvoir ». Dans l’univers numérique, l’accès aux communications d’un dirigeant devient une forme de puissance discrète mais considérable.
Les conséquences potentielles dépassent donc les relations bilatérales. Elles interrogent la protection des institutions, la résilience des démocraties et la capacité des États à préserver leurs secrets.
À terme, Pegasus pourrait demeurer comme l’un des symboles d’une époque où les frontières ne se franchissent plus uniquement avec des armées, mais aussi par une intrusion invisible dans un téléphone. Et comme l’avertissait Paul Valéry, « nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». À l’ère numérique, cette fragilité prend désormais le visage silencieux des algorithmes.
Didier BOFATSHI

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