Nord-Kivu : Femmes apicultrices, guerrières du miel et gardiennes silencieuses de la biodiversité

Le miel de la rupture

Butembo, 20 mai 2026. Dans l’Est de la République Démocratique du Congo, des femmes brisent les clôtures invisibles du genre et investissent un univers longtemps masculinisé : l’apiculture. À l’occasion de la Journée mondiale des abeilles, célébrée dans le Nord-Kivu, elles s’imposent comme actrices économiques et écologiques, entre ruches, résilience et reconquête sociale. Une dynamique relayée par Opinion Info, qui met en lumière un basculement silencieux mais profond.

Ruches et résilience

« L’apiculture est très importante dans la vie d’une femme », témoigne Kahambu Thaleka Aminata, apicultrice à Katali, qui raconte avoir découvert cette activité après une maladie. Dans son récit, la ruche devient métaphore de reconstruction. Ici, l’économie du miel n’est pas seulement une activité, mais une guérison sociale et matérielle.

Femmes contre préjugés

Dans les assemblées de Butembo, les voix féminines contestent les stéréotypes. « Aucune personne ne devrait dire que l’apiculture est réservée aux hommes », rappelle Kakule Vutsupa Michel. Les femmes, elles, revendiquent leur place dans un secteur stratégique pour la pollinisation, donc pour la sécurité alimentaire.

Biodiversité en danger

Mais derrière l’enthousiasme, une alerte : feux de brousse, destruction des habitats, disparition progressive des pollinisateurs. « Ces pratiques détruisent les écosystèmes des abeilles », avertit Masika Rachel. Le miel devient ainsi un baromètre écologique d’un environnement sous pression.

Économie du vivant

L’apiculture s’impose aussi comme levier économique. Scolarisation des enfants, revenus familiaux, autonomie financière : la ruche finance la survie. « C’est une véritable entreprise », affirme une apicultrice. À l’heure du numérique, les productrices appellent à la commercialisation en ligne des produits de la ruche.

Transition verte et pouvoir féminin

Au-delà du miel, c’est une transition silencieuse qui s’opère : celle d’une économie verte portée par les femmes rurales. L’apiculture devient outil d’émancipation, mais aussi de protection écologique dans une région fragilisée par les pressions climatiques et humaines.

La ruche comme avenir

« Si toutes les femmes s’impliquent, nous aurons des familles plus stables », affirme Kahambu Aminata. Une phrase qui résonne comme programme social. Et comme le rappelait Albert Einstein : « Si les abeilles disparaissaient, l’humanité n’aurait plus que quelques années à vivre. » Dans les collines du Nord-Kivu, ce sont donc des femmes qui tiennent, discrètement, la survie du monde entre leurs mains.

Didier BOFATSHI

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