
Le président Félix Tshisekedi a enclenché, lors du Conseil des ministres du 10 avril, le processus de reconnaissance de Nkamba comme ville sainte. Au cœur du Kongo Central, cette décision vise à consacrer le centre spirituel de l’Église kimbanguiste, encadrer les pèlerinages, protéger le patrimoine et ériger ce haut lieu en pôle d’attraction nationale et internationale. Rendue publique par Patrick Muyaya, la mesure traduit une stratégie où foi, gouvernance et rayonnement s’entremêlent.
Quand le pouvoir s’agenouille pour mieux régner
« Il est impératif d’engager, sans délai, le processus de reconnaissance officielle de Nkamba comme ville sainte, afin d’en préserver l’intégrité spirituelle et d’en encadrer les activités », a rapporté Patrick Muyaya, citant le chef de l’État. Écho parfait à Max Weber : « toute domination cherche à éveiller la croyance en sa légitimité ». Le pouvoir épouse ici la ferveur, et la foi devient instrument d’ancrage.
Le sanctuaire, matrice du récit national
« Cette reconnaissance vise également à valoriser un patrimoine spirituel national et à renforcer l’attractivité de Nkamba comme destination de foi », poursuit le compte rendu. Une vision qui rejoint Benedict Anderson : « les nations sont des communautés imaginées ». Nkamba devient récit, mémoire, ciment d’une identité collective.
Administrer le mystère, discipliner l’invisible
Le gouvernement entend « organiser les flux de pèlerins et assurer une meilleure structuration des activités religieuses ». Dans l’ombre de Michel Foucault, gouverner revient à encadrer. Le sacré se codifie, se régule, s’inscrit dans les logiques administratives.
La foi, nouvelle diplomatie des âmes
À travers Nkamba, la RDC esquisse un rayonnement spirituel. « Renforcer l’attractivité » n’est pas neutre : c’est une stratégie. Joseph Nye l’écrivait : « le soft power est la capacité d’attirer ». Nkamba devient vitrine, la foi, langage diplomatique.
À travers cette initiative, l’État congolais ne fait pas que reconnaître un sanctuaire : il redéfinit les contours de son rapport au sacré. « Organiser la coexistence », dirait Jean Baubérot. Mais une interrogation demeure : où s’arrête la foi, où commence le pouvoir ?
« La religion est un système de symboles qui agit puissamment sur les hommes », écrivait Clifford Geertz. À Nkamba, ces symboles deviennent désormais matière d’État et peut-être l’encre invisible de son avenir.